Nouvelles

mardi 7 avril 2015

C'était un jour d'automne, les feuilles tombaient doucement de leurs branches, Eloi aurait dit que les feuillent neigeaient. La douce poésie de leur vol vertical le voyait songeur. Il se versa à nouveau une tasse de thé bien chaud. Le moment était parfait. Il le savourait. 

Quelle ne fut pas sa surprise quand il entendit sonner à la porte. Il n'aimait pas beaucoup les visites imprévues, ni les visites tout court, d'ailleurs. Sa vie retirée dans la forêt lui convenait parfaitement.

"Dis, tu viens jouer avec moi ?". L'auteur de ces propos ne devait pas dépasser un mètre trente. Le regard fixe et pénétrant, presque intimidant de tout être qui se sent légitime planté dans celui, dissimulé par des lunettes, de son grand interlocuteur.
 Eloi ouvrit la bouche, puis la referma, éberlué par l'audace de ce petit bonhomme. Il reprit cependant ses esprits, au bout d'un long, interminable moment de silence : "Tu as un sacré toupet de frapper chez moi, qui ne te connais pas, pour me demande de venir jouer. File donc retrouver ta maman, elle doit s'inquiéter."

Il regarda petit garçon s'éloigner en sautillant à cloche-pied, puis referma la la porte en marmonnant d'inintelligibles propos sur le manque de savoir-vivre de la société actuelle, et le bien fondé d'un éloignement de cette dernière.

Le lendemain matin, étonné fut-il en entendant à nouveau sa sonnette. Décidement, il ne voyait pus l'intérêt de vivre au fin fond d'une forêt si c'était pour être constament sollicité par des importuns. "Dis, tu viens jouer avec moi ?"  L'audace de ce petit garçon prit Eloi au dépourvu, il ne s'attendait aucunement à ce que ce bout d'homme vînt un jour de semaine pour le détourner de son quotidien. "Ecoute-moi bien, petit, je ne sais pas qui tu es, ni ce que tu fais ici au lieu d'être à l'école, mais je n'ai aucunement envie de jouer. La vie c'est sérieux, un vieux monsieur comme moi a des choses importantes à faire, je n'ai pas le temps de m'amuser.
- Alors à quoi ça sert de devenir vieux, si on ne joue pas ?
- Et bien, à plein de choses, on acquiert de la sagesse.
- Et c'est quoi la sagesse ?
- C'est faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas.
- Et c'est quoi ce qui est important ?
- Et bien je suppose que c'est vivre en accord avec soi-même !
- Ca veut dire quoi ?
- Faire ce qu'on aime.
- Et toi tu aimes pas jouer ?
- Mais si, euh, enfin, ce n'est pas si simple.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas, fiche-moi la paix, tu devrais être à l'école à l'heure qu'il est.
- Bien Monsieur, à demain".

Ce brave Eloi passa la plus mauvaise nuit de toute sa vie. Il se revit enfant, à travailler à l'école pour "avoir un vrai métier comme il faut", il se vit jeune homme, les soirées studieuses l'empêchaient de fôlatrer. Il se vit homme mûr, travaillant comme un fou pour être le meilleur. Il avait oublié quelque chose en cours de route, mais quoi ? Il avait fait tout ce qu'on lui avait demandé d'accomplir de la manière la plus parfaite possible. Qu'avait réveillé le petit garçon pour le tourmenter de la sorte ?

Le lendemain, le petit garçon revint.
"Tu viens jouer avec moi ?
- Je ne sais pas jouer, mon enfant, je n'ai jamais joué.
- Oh, alors c'est très grave, Monsieur, je vais te montrer" Et l'enfant lui montra tous les jeux dans la forêt, et Eloi se souvint de tout, de ses fugues dans les bois, de ce vieillard qu'il avait entraîné dans ses jeux, de l'enfance, du bonheur, de la Joie.

Et mantenant dans les bois, on voit un Vieil homme qui rit aux éclats comme un enfant, qui joue au ballon et entraîne tout les promeneurs dans son silllage.

dimanche 5 avril 2015

Un sourire

"Bon alors, tu veux mettre quel tee-shirt, ça fait trois fois que tu changes d'avis. Une voix lasse, où une colère naissante le dispute à une résignation fatiguée.
  • Maieuh ! Je t'ai dit que si mon jean rouge n'est pas propre, je ne peux pas porter le tee-shirt Hello kittie avec le bleu, ça va faire nulleuh !" La mère ramasse les épaves d'essayages pour les ranger dans l'armoire. Elle pourrait passer une heure à exiger qu'ils soient rangés , mais la Fille doit partir dans dix minutes pour le collège. Ca remettrait à ce soir, entre les devoir, le couvert, les dents à brosser, le linge sale à mettre au sale... Elle le range, donc.
  • "Tu t'es coiffé les dents et brossé les cheveux ?" Une petit blague entre elles qui durent depuis deux lustres maintenant. Non, la Fille ne s'est pas lavé les dents et répond donc tout naturellement : " Ben-oui-tu-m'énerve-maman-tu-me-prends-pour-un-bébé-ou-quoi ?
  • Va te laver les dents, et tu ne sortiras que coiffée convenablement !
  • Y'en a maaarrre, on ne me croit jamais dans cette maison !"
    Ben voyons !
Comme chaque jour la Fille va partir en retard pour le collège, en accusant la Mère d'être responsable de son retard à cause de ses fichus brossages de dents. En réalité, ce n'est pas vraiment le terme qu'elle emploie, mais la mère ne cède pas là-dessus, et elle la reprend jour après jour, gros- après gros mot.
Papa, Lui, il lui fiche la paix avec ça, elle n'arrive pas en retard à cause de lui, et puis avec lui, il fait toujours beau et les poules pondent des oeufs en or.

Un baiser, un "Bonne journée", et ce soir la Mère retrouvera sa fille qui déversera sur elle toutes les frustrations de la journée. Le prof irrespectueux qui s'énerve "pour un rien", le méchant, les copines qui ont oooosé lui mentir alors qu'elle est parfaitement sincère (sa mère et le coup des dents, ça ne compte pas), en plus en sport elle a failli mourir de l'orteil gauche et personne ne l'a secourue, et les garçons de la classe sont tous des crétins, sauf Norbert qui est un double crétin ...
La Mère encaisse, jour après jour, année après année, et livre des combats quotidiens :
les dents,
les cheveux,
range tes affaires,
on ne parle pas comme ça,
tu as pensé à ton cahier ?
Et la Fille réplique :
Y'en a marre !
J'ai faim,
Je peux inviter mes copines ?
Il n'y a plus de chocolat.
J'ai quand même le droit de regarder un film !
Tu as pensé à mon cahier ?

La mère s'épuise, se pose des questions, culpabilise de tout et son contraire. Et la nuit, pour se rassurer, elle entre dans la chambre de la Fille et dépose sur la tempête de cheveux qui recouvre son visage d'enfant un baiser égoïste, un baiser d'un maman qui veut retenir l'enfance. Elle qui passe ses journées à faire grandir la Fille, à cette heure, cette Pénélope désire du fond de sa chair défaire le travail de la journée.

Et en réponse à ce baiser contre nature, dans la mauvaise foi des enfants qui font croire à leur parents qu'ils dorment, la Fille offre à la Mère un cadeau sans prix


Un sourire.