Il m'incombe maintenant, de vous expliquer à vous, mes Gentils à moi, la cause de mon ire.
Figurez-vous qu'il y a quelques années, lorsque l'on avait un souci, un problème, du boudin dans la tête, l'humain normalement constitué avait trois ressources :
- le crier sur les toits jusqu'à ce que quelqu'un entende sa détresse (ce qui n'est pas du tout, mais alors pas du tout le cas de ce propos, vraiment pas. Du tout. Aucunement),
- pleurer tout seul dans son coin, mais pour cela il ne faut pas un boudin géant, sinon ce n'est pas possible,
- l'appel à un ami (ça peut être une femme, mais celui qui m'enquiquine avec l'écriture inclusive, je lui envoie mon Larousse en pleine poire).
-la réponse D.
De manière rare, on s'isolait avec le super boudin, mais les personnes qui procédaient de la sorte étaient peu courante, et vite identifiées comme étant dans une grande souffrance.
Mais que vois-je, que constaté-je dans cette société post-covid ? Et bien le recours à un ami est devenu quasi inexistant. Si tu vas mal, ferme ta grande bouche, parce que l'autre n'est plus une ressource, c'est un danger, il peut te contaminer. Mais contaminer de quoi, bon sang ? hurle mon humanité. Est-ce la honte ? La peur ? Une pudeur incommensurablement stupide de croire que l'on ne peut être avec l'autre qui si l'on lui montre seulement son beau visage, bien souriant ? Foutaises ! Cette idée nous transforme en objet de marketing qui nous enjoint de montrer un emballage rutilant, quand à intérieur, c'est la bande de Gaza. Vous aimez ça, vous, qu'on vous survende un produit ordinaire parce qu'on a mis un beau papier autour ? Et bien moi pas. Et avoir des jours où l'on a envie de se mettre à la poubelle (non-recyclable, parfois), c'est précisément ordinaire. Je ne crois pas que ça mérite le bannissement. Ou alors, dites-moi où tout ce beau monde est banni, que j'aille y partager un café larmoyant, parce que la vie c'est moche et que parfois la vie moche, elle est plus joliment moche à plusieurs.
Ce propos est donc un réquisitoire pour le coup de fil à la copine quand ça va pas, et si la copine ne va pas mieux, et bien on lui laisse à son tour déverser sa douleur, devant une bonne tasse de thé, qui selon votre servitrice devrait être rangé dans l'armoire à pharmacie, juste à côté du chocolat.




