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mercredi 28 janvier 2026

La folie du monde, le retour

     


Je m'insurge, je 'insurge avec la dernière fermeté ! Oui, mes Chers Volusiens, je plante fermement mes poings sur les hanches, et tel un enfant de quatre ans que l'on prive sauvagement de son doudou pour le laver (sous le prétexte qu'après trois semaines de suçotage alternant avec le dépoussierage involontaire des quatre coins du quartier, il était sale, non mais !) bref, disé-je je ne suis pas du tout contente. Non, mes très Chers, contre Vous, car Vous, vous êtes des vrais gentils, preuve en est que vous me lisez, mais contre un système totalement stupide, ankylosant l'esprit, vicieux, tordu, malsain. J'aurais bien un mot de trois lettre qui me sortirait du clavier, mais oserai-je ? Oui, j'ose : c'est NUL ! voilà, c'est dit.

Il m'incombe maintenant, de vous expliquer à vous, mes Gentils à moi, la cause de mon ire. 

Figurez-vous qu'il y a quelques années, lorsque l'on avait un souci, un problème, du boudin dans la tête, l'humain normalement constitué avait trois ressources : 

- le crier sur les toits jusqu'à ce que quelqu'un entende sa détresse (ce qui n'est pas du tout, mais alors pas du tout le cas de ce propos, vraiment pas. Du tout. Aucunement),

- pleurer tout seul dans son coin, mais pour cela il ne faut pas un boudin géant, sinon ce n'est pas possible,

- l'appel à un ami (ça peut être une femme, mais celui qui m'enquiquine avec l'écriture inclusive, je lui envoie mon Larousse en pleine poire).

-la réponse D.

De manière rare, on s'isolait avec le super boudin, mais les personnes qui procédaient de la sorte étaient peu courante, et vite identifiées comme étant dans une grande souffrance.

Mais que vois-je, que constaté-je dans cette société post-covid ? Et bien le recours à un ami est devenu quasi inexistant. Si tu vas mal, ferme ta grande bouche, parce que l'autre n'est plus une ressource, c'est un danger, il peut te contaminer.  Mais contaminer de quoi, bon sang ? hurle mon humanité. Est-ce la honte ? La peur ? Une pudeur incommensurablement stupide de croire que l'on ne peut être avec l'autre qui si l'on lui montre seulement son beau visage, bien souriant ? Foutaises ! Cette idée nous transforme en objet de marketing qui nous enjoint de montrer un emballage rutilant, quand à intérieur, c'est la bande de Gaza. Vous aimez ça, vous, qu'on vous survende un produit ordinaire parce qu'on a mis un beau papier autour ? Et bien moi pas. Et avoir des jours où l'on a envie de se mettre à la poubelle (non-recyclable, parfois), c'est précisément ordinaire. Je ne crois pas que ça mérite le bannissement. Ou alors, dites-moi où tout ce beau monde est banni, que j'aille y partager un café larmoyant, parce que la vie c'est moche et que parfois la vie moche, elle est plus joliment moche à plusieurs.

Ce propos est donc un réquisitoire pour le coup de fil à la copine quand ça va pas, et si la copine ne va pas mieux, et bien on lui laisse à son tour déverser sa douleur, devant une bonne tasse de thé, qui selon votre servitrice devrait être rangé dans l'armoire à pharmacie, juste à côté du chocolat.

dimanche 25 janvier 2026

Peau d'Ânesse

 Chers Volusiens, Chères Volusiennes, 

    J'étais tranquillement en train de trouver que j'étais la personne la plus misérablement nulle au monde, quand il me prit l'envie saugrenue de vous faire part de mon état d'esprit. Dans l'esprit scout ; "si tu te sens misérablement nul, tape dans tes mains !", mon petit doigt m'a dit que l'on doit être nombreux. Non que ce soit une réalité : en effet, mon environnement m'explique plus ou moins tendrement que je ne suis pas nulle. Le Trésor Public, par exemple, semble trouver en mon pas du tout humble personne une richesse intérieure que j'ai du mal à soupçonner, mais cette espèce de certitude à géométrie variable a tendance à s'imposer à moi au moment où je m'y attends le moins (et c'est facile, je ne m'y attends JAMAIS). Je suis en train de cuire du riz, mon œil remarque que j'ai laissé traîner une petite cuillère, ce qui, nous l'avouerons, ne mérite pas la peine de mort, et voilà que ma pensée trouve ce prétexte pour faire de votre auguste servitrice une souillon, une Peau d'Âne sans le sang royal qui n'est pas capable de ... Parce qu'elle est trop ... et pas assez ... Ce qui induit immanquablement la justification de la série d'échecs colossale de ma vie, à commencer par une inaptitude au bonheur, dont je suis bien évidement coupable et condamnée, et bien évidemment à perpétuité. La cause et la conséquence s'emmêlent donc dans une logique circulaire parfaitement vicieuse.

    Quelqu'un qui se sent concerné ? Ne me la racontez pas à moi, je sais que nous sommes très nombreux, sinon quel serait la raison d'être du Trésor Public ? (Merci à toi, cher Trésor, de nous rappeler à tous que nous avons de la valeur).

    Et puis au bout un moment, ça finit par m'énerver, et mon esprit torturé décide que mon génie méconnu doit son anonymat à l'inaccessibilité de son talent : le gueux (que j'étais il y a quelques lignes) n'a pas les capacités humaines, intellectuelles, mentales et artistiques pour percevoir que votre servitrice (avec le sang royal, cette fois) est quasiment surhumaine, guidée par les anges de Dieu en personnes, et que je suis la plus forte du monde, et que vous verrez, un jour, que je suis la plus forte, et vous serez tous bien embêtés quand je serai partie en Amérique ou ils reconnaîtront mon talent.

    J'observe donc d'une part, l'influence massive du Petit Nicolas de Sempé sur ma psyché, et de l'autre l'infantilité de mon positionnement. 

    Et puis de toute façon, je m'en fiche, laissez-moi déprimer tranquillement, je n'ai plus envie de penser. Na ! Et là, sournoisement, dirai-je, une idée vient du plus profond de mon ventre, un peu comme une flammèche d'un feu qui commence à trouver le bois accueillant. Un début de vision différente, une fenêtre, qui s'entre-baille à peine, dans une perspective nouvelle :

    Et si l'idée de valeur était une vaste fumisterie ? Si le simple fait d'exister ne méritait pas qu'on en parle, ou qu'on y pense ? Attention, ça nous emmène à des extrémité auxquelles notre société ne nous invite pas : "Je suis, et c'est suffisant": suffisant pour aimer, s'aimer, être aimé. Le mot valeur tombe alors de lui-même : Je ne suis pas un objet que l'on achète ou que l'on vend ! Flûte alors. Conséquemment, la fonction du Trésor Public se déplace radicalement.

    La colère change alors de sens, et une sentence bien différente apparaît alors :

A partir de maintenant, je me fiche la paix !


mercredi 23 juillet 2025

Liberté

Chers Volusiens, chères Volusiennes, 

Saisie par le bonheur de vous rédiger une bafouille à ma façon, j'ai hier commis un texte d'un ennui à mourir tel que je crois bien m'être endormie en l'écrivant. Faut-il que je vous aime, très Chers, pour ne pas vous l'infliger, et tenter de vous distraire, sinon de vous amuser. Or il faut le reconnaître, je manque en ce moment drastiquement d'inspiration. 

J'ai failli m'étendre sur le temps grisâtre qui fait râler les touristes, persuadés qu'ils sont que le soleil est compris dans la location du mobil-home, j'ai voulu rédiger un propos sur l'art et la manière d'aller chercher un cheval au milieu de son paddock, quand quinze centimètres d'une boue aussi glissante que collante vous fait réfléchir très sérieusement à la téléportation jusqu'à l'équidé recherché, ou à revendre votre plus noble conquête qui vous voie sans s'approcher de vous, pour acquérir celle qui est à l'entrée du paddock, l'amour a ses limites, très Chers. 

Mais au final, je vais vous entretenir d'une activité passionnante qui me prend le plus clair de mon temps. Elle s'appelle : Jecommenceparkoi. Pour cela, je me lève le matin, renouvelle les liquides de mon corps (mode élégant pour dire que je fais pipi, puis que j'ingurgite un lac d'eau chaude avec de l'herbe infusée), puis, une fois présentable, un jean et un coup de propre sur le nez plus tard, je me pose dans mon salon OU BIEN ma cuisine, car nulle limite ne me retient, et je réfléchis à ce que j'ai à faire dans la maison. Linge, jardin, tableaux à accrocher, nettoyages des murs, sols, portes, meubles, et autres, organisation de mes papiers, vêtements, trucs et machins divers et variés, et j'en passe, et des pas plus meilleures.

J'ai lu dans des magazines féminins de salles d'attente et des publication Facebook, hautes références s'il en est, qu'il faut établir des priorités. Donc comme j'ai très envie d'être quelqu'un de bien, parce que c'est bien d'être bien, je décide de réfléchir à la priorité du moment. Je tourne tous les aspect à établir comme une priorité, depuis les ça fait trop longtemps que ça traîne, jus


qu'aux  je m'en occuperai quand il y en aura plus à ranger/nettoyer, jeter/donner/faire. 

Je passe par l'étape non mais là ce n'est plus possible, c'est vraiment trop, oui mais comme il faut chercher un truc qui fait du bruit (pas agréable voire agressif), ou qui est rangé dans un placard (au moins deux étapes), mon inconscient va ipso facto le déprioriser. Quoi le sol est noir est ce n'est pas sa couleur d'origine ? Et bien moi j'aime ça ! dit la petite voix dans ma tête, qui ajoute que ça va super bien aller avec mes boots d'équitation qui n'ont pas vu de cirage depuis le confinement ! 

L'argumentation va bon train dans ma calebasse ultra contreperformante de la mise en beauté de mon logement. Au bout de 90 minutes de la contemplation superposée de mon antre et de mes pensées, je réitère le renouvellement de liquide, et, tiens, faut faire des courses, je n'ai plus de dentifrice. Va pour les  courses de dentifrice, nonobstant la présence silencieuse de deux autres tubes neufs. 

Les rageux y verront une fuite de mes responsabilités nettoyantes, laissons parler les mauvais coucheurs, je suis simplement prévoyante. 

Bon, l'heure du déjeuner, je me prépare un bon plat, et toc, médi-sieste : il s'agit une pratique visant à écouter une méditation guidée pour le bien de sa spiritualité, le tout allongée dans mon canapé ET NON dans la cuisine, beaucoup moins adaptée. Le bien-être, penser à soi, se recentrer, tout ça tout ça, parce c'est bien, et que je l'ai vu sur YouTube et que c'est bien d'être bien.

Oups, déjà 16 heures, ce fut une grosse méditation, mes chakras sont enfin fonctionnels (je comprends mieux pourquoi je ne me décidais pas), et je peux enfin penser à l'essentiel, une tisane avec des petits biscuits sans sucre et sans gluten parce que c'est pas bien de manger du gluten, c'est mon ventre qui me le dit très très fort à chaque fois que j'en prends.

Nous voilà à reprendre ma réflexion sur le sens des priorité, et décide de m'inspirer de ceux qui savent sur internet. Et vous ne devinerez jamais ce qui j'y ai trouvé, LA réponse ultime : je sus TDAH, autisme, procrastinatrice pathologique, hypersensible ! Mon horizon s'élargit, je peux enfin vivre dans ma médiocrité sans plus chercher à la dépasser, je suis LIBRE !!!

samedi 19 juillet 2025

Bien fait pour ta tête

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Cette tentative de Baudelaire pour vaincre non pas sa douleur, mais l'emprise terrible qu'elle tenait sur lui est belle, quoique parfaitement inefficace. On ne peut négocier avec un parasite, surtout si ce dernier vous dévore l'esprit, le cœur, les tripes, et, cerise sur le gâteau de boue, la vision du monde.

Elle est là, au mieux logée au creux du plexus solaire, se contenant de bloquer la respiration et la digestion, au pire dans des pensées obsédantes qui me font penser des insultes envers moi dont je n'exprimerais pas le dixième à mon pire ennemi. Cet état de fait propulse donc cette souffrance en ennemi privé numéro un. 

Non contente de détruire avec une efficacité redoutable ma capacité à penser, digérer et respirer, elle tronçonne méticuleusement ma confiance en moi, en l'avenir, en ma capacité à faire face à la vie. Elle efface de mon programme interne toute solution d'y échapper. Je déroule la liste de mes contacts, espérant pouvoir lancer une bouteille à la mer, et parler à un congénère bienveillant. La liste est déroulée, et la douleur me laisse croire qu'il n'y aura aucun secours de ce côté-là. Je vais sortir, marcher, courir, peu importe, bouger, mais la compagne noire ma paralyse les jambes. 

Comme une pierre dans mon estomac, elle me provoque des nausées. Est-il possible de parlementer avec la personne dont le lien habité de mille ombre a suscité le réveil du monstre ? Que nenni. Qu'est-il de plus douloureux que de ne pouvoir dire à la personne aimée qu'on l'aime, alors même qu'elle est persuadée du contraire.

Ah ! Enfin quelques larmes ! La pierre devient lave glacée, et quelques petites tonnes disparaissent de mon plexus. plus que deux ou trois milliers de litre pour retrouver un diaphragme un tant soit peu fonctionnel. Le soulagement ne dure cependant pas. La douleur exige son tribut. Toujours plus.

C'est un vers solitaire, chaque anneau perdu laisse place à un autre, et un autre, et un autre. Quel est l'aune de la souffrance ? Plus on aime, plus on a mal dan les situations de perte de lien. Et moins on s'aime, plus on a mal.

On ne peut s'empêcher de penser que l'inventeur de cette mécanique est un pervers brillantissime. Or c'est le lot de la nature humaine. Que donc penser de la nature humaine ? Tiens, ma douleur arrive à me faire croire que l'humain est naturellement pervers : Je t'ai vue, vilaine bête, et je reste, en mon âme et conscience sur l'idée que l'Homme est un être merveilleux. Et toc ! J'ai marqué un point, ce qui fait ... 1 à 2 millions.

Le match n'est pas terminé, vilaine bête, même si tu peux me faire croire le contraire, quelque chose en moi est vivant, vibrant, les pires tortures intérieures du monde ne me feront jamais renoncer plus de quelques minutes, ou heures, à la beauté de la Vie, vilaine bête ; j'ai des armes, moi aussi, les larmes libératrices, la foi en la vie, qui se montre au tréfond du désespoir, au-delà de ma capacité à l'invoquer, les amis qui appellent, alors même que j'ai renoncé à les solliciter.

Et toc, vilaine bête, toit-toi tranquille, ou attaque-moi, au final, la Vie gagne en moi,

et bien fait pour ta tête !



mercredi 16 juillet 2025

La folie du monde

 Chers Volusiens, chères Volusiennes, c'est avec toute la gravité qui s'impose que je m'adresse à vous aujourd'hui. Notre monde est fou ! les guerres emplissent le monde, la famille est éclatée, les hommes deviennent des femmes et inversement, et il n'est plus possible de manger un snack sans tuer la planète. Avoir un regard différent sur le monde est passible de la peine de mort sociale, on déteste les hommes parce que ce sont des hommes; les femmes parce que ce sont des femmes, les riches parce qu'ils sont riches et les pauvres parce qu'ils sont pauvres. La nourriture est malsaine, l'air et l'eau pollués, la médecine et l'éducation en plein délitement.

Sur ce constat incroyablement consensuel (en un seul mot, hein, même si certes, la première syllabe est signifiante, alors que la sensualité peine à apparaître), moi, votre Dévouée, ai décidé de remédier à cela. Après moultes heures de rage noire méditation transcendantale, j'ai mis au point une approche à la pointe de l'innovation. 

J'ai donc sollicité en moi toute la matière grise disponible, usé et abusé de toue ma créativité, fourni du sang, des larmes et de la sueur (mais pas trop, parce que j'ai la clim), et sollicité toutes les drogues possibles (chocolat, cacao, chocolat noir, chocolat blanc, et chocolat au piment d'Espelette). Je me suis attelée sans relâche, disé-je, à la mise en place d'une réponse à apporter en ces temps difficiles, et accessible au plus grand nombre.

J'ai exclu la fusée vers une autre planète, parce que j'ai estimé que mon PEL n'allait pas suffire à en construire une, puis j'ai envisagé de mettre une grosse bombe dans les endroits qui posaient problème, mais il m'a été dit que d'autres y pensaient déjà et que c'était moralement discutable. J'ai ensuite pensé à dire aux gens que c'était mal de faire des choses pas bien, mais j'ai eu peur de saturer tous les serveurs informatiques du monde, et du coup, je n'aurais plus eu Netflix.

Puis l'illumination, Chers Volusiens, que dis-je, qu'écrivé-je : l'Illumination ! J'avais la réponse parfaite dans ce monde de fous : économique, écologique, 0% de matière grasse, comme les Chupa-chups ! La coupdepellothérapie.

Chers Volusiens, Chères Volusiennes, laissez-moi donc vous faire part de cette révolution sanitaire et sociale. Vous imaginez une pelle, au manche bien solide, du chêne ou du hêtre. Evitez le bois tendre comme le pin, ça marque trop facilement, et la résine qui coule peut coller sur vos doigt imaginaires.

Visualisez-la en aluminium pour les moins musclés (c'est plus léger), ou en fer blanc pour les costauds, prenez le temps de la sentir en vos mains, de la soupeser, et d'en équilibrer le poids lorsque vous la tenez.

Puis le moment venu, lorsque vous suffoquez littéralement sous la bêtise ambiante, brandissez gaillardement dans votre tête l'objet de votre guérison spirituelle, respirez profondément et appliquez-le d'un geste délié mais cependant ferme et précis sur l'objet visualisé de votre courroux. Il n'est pas interdit de réitérer l'opération jusqu'à ce que l'état de votre cible  soit plus bas que celui de votre système nerveux.

Lorsque votre cible est atteinte, il est tout-à-fait possible d'en visualiser une autre pour le bien de l'Humanité.

Je vous laisse, mes Volusiens, le taille-haie du voisin me grille les neurones, je vais m'en occuper, des bisous chaleureux !



lundi 14 juillet 2025

Mission à la noix

La voix dans sa tête insistait : "Dis-le lui, c'est primordial, dis-le lui avant 18h !" Amou n'en pouvait plus de ces missions à la noix, comme il les appelait. Affirmer en toute tranquillité à de parfaits inconnus qu'un mur allait leur tomber sur la tête dans l'heure suscitait en lui une nausée quasi permanente. "Dis-le lui donc !" Il s'agissait aujourd'hui d'annoncer à ce pompiste de l'aire d'autoroute qu'avant soixane minutes, un AVC allait le terrasser pour le rendre hémiplégique. 

Comme d'habitude, il chercha une solution de fuite, partir, s'arracher la langue, prier pour avoir lui-même un AVC, être kidnappé par des reptiliens, sa créativité pour échapper à cette situation n'avait rien à envier aux auteurs de séries netflix. "Dis-le lui !", hurlait doucement cette voix en lui.

Ce malheur, ou don, comme une voyante l'avait déterminé, l'avait pris d'assaut le jour de ses vingt ans. Il "su" la rupture d'anévrisme de sa soeur", une heure avant qu'elle se produisît. Pris de panique, il lui hurla sans réfléchir " qu'est-ce que tu as à la tête ?". Sa soeur le regarda étrangement, comme si son propos ne faisait qu'étayer ce qu'elle savait déjà. Puis un triste sourire éclaircit à peine son visage juvénile, et lui répondit : alors c'est donc l'heure." Ce n'était pas une question, elle l'affirmait sans l'ombre d'un doute. Les minutes qui suivirent virent Amou dans un état de brouillard mental dont il ne lui resterait ensuite que quelques bribes. Sa soeur qui passe quelques appels aux différents membres de la famille, quelques messages enregistrés aux amis, un "je t'aime frangin" mal perçu, puis elle tomba, sans bruit, pour ne plus se relever, malgré les efforts des secours pour la ramener à la vie.

Ainsi commencèrent les "missions à la noix", tous les jours ou presque, il fallait annoncer une catastrophe imminente à une pauvre âme. Entre exigence de cette voix intérieure et impuissance à empêcher les drames, Amou devenait à moitié fou.

A moitié seulement.

Sa conscience était intacte, mais la torture qu'il devait endurer ne prenait jamais fin. Pourquoi donc annoncer à quelqu'un un drame sans même qu'il ait le temps de l'éviter ? La question tournait en boucle dans son esprit depuis toutes ces années, et lui avait prématurément blanchi les cheveux et terni le regard.  Pour son malheur, personne ne semblait jamais remettre en question la véracité de ses propos, il l'aurait préféré. Il détruisait l'espoir avant même le drame. 

Il maudissait Dieu, sa vie, sa soeur, qui l'avait abandonné, il se maudissait lui-même, son rôle n'avait aucun sens. Et chaque jour, il devait annoncer des maladies, des accidents, des chutes, des meurtres, des fausses couches, des attentats, et tout ce que la nature humaine peut connaître de pire.

Et puis un jour, la voix lui dit : "Dans une heure, une explosion de gaz mettra un terme à ta vie". Il s'assit, la voix ne répéta pas, lui-même n'avait jamais eu besoin de répéter son augure. Il s'assit tranquillement, et son chat vint se lover sur ses genoux. Alors c'était fini. Puis il vint à penser à toutes ces années écoulées à annoncer des drames, à son chat, ses parents et leur jardin potager, à la voisine qui lui proposait régulièrement un café, à la lumière de ce mois de mars, il se remémora le goût de la soupe à la tomate du dîner de la veille, aux différentes tonalité des pluies d'hiver, à son dentiste au sens de l'humour inimitable. Il se souvint du goût de sa première barbapapa, et du bruit des vagues, des verres qui s'entrechoquent pour célébrer, de la chaleur du soleil sur sa peau, et de chopin.

Puis il comprit. Toutes ces annonces tragiques avaient un sens, pour chacune des peronnes qui l'avaient croisé à commencer par sa soeur. Lui -même le vivait : enfin, après toutes ces années, il se sentait enfin vivant.

lundi 6 avril 2020

Rien que des mots

Les pouvoirs de la parole - Figaro psycho santé – - Le blog à palabres
Aujourd'hui il fait un temps à ne pas mettre un parapluie dehors. Un léger vent pousse doucement les gouttes d'eau vers la fenêtre et je contemple mon thé fumant avec une acuité peu ordinaire. Je n'avais jamais fait attention à cette couleur dorée si caractéristique. Les volutes blanchâtres qui  s'en dégagent forment une danse qui obéit à des lois invisibles dictées par les déplacements d'air. Il me vient une question : quel chemin amène un mouvement physique à déplacer l'air de mon thé, est-ce cela que l'on appelle l'effet papillon ? Peut-être que l'éternuement d'un chien en Alaska a provoqué un ensemble de phénomènes qui trouve pour achèvement cette forme si particulière, là, au-dessus de ma tasse.
Cette réflexion en amène une autre plus large : quel est mon effet sur le monde ? Si une action aussi automatique que bouger ou respirer peut aboutir à un effet visible, qu'en est-il des gestes anodins, mieux, des mots que je prononce, que j'écris ? Vont-ils eux aussi provoquer un mouvement ?
L'Histoire nous a prouvé à maintes reprise que c'est le cas depuis "I have a dream", jusqu'à "Imagine", en passant par "Veni, vidi, vici", certaines paroles ont eu des impacts mémorables, et ont influencé des peuples entiers.
Et mon petit propos à moi ? Mon petit "Bonjour Nadine, tu as l'air en forme aujourd'hui.", ou mon "Sortir avec toi, tu plaisantes ?". Auraient-ils des conséquences comparables ? Serait-ce un mouvement invisible qui produit un effet visible ?
Je suis un être humain normal, français, de classe moyenne, d'intelligence moyenne, de confiance en soi moyenne. Mais j'ai souvenir de ces phrases, simples et redoutablement impactantes, je me souviens à mes sept ans d'un "Que tu es maladroite" qui crée une tension dans mon ventre à chaque fois que je tente un travail un peu minutieux.
Je me souviens de ce surnom : "la poète de la classe", quand je faisais des rimes en [é] sur quelques lignes en primaire et qui aujourd'hui m'autorise à écrire.
Je me souviens des "je t'aime" qui m'ont inondée de joie, et de ceux qui m'ont fait me sentir un objet utilisable.
Je me souviens aussi des mots prononcés sans sagesse, que, pour mon plus grand malheur et celui de mon interlocuteur, ont créé une déchirure terrible. Des "tu devrais", des "tu es trop", des "moi par exemple", des "Tu n'es pas .." autant de coups de poignard. Cet adage a raison, les blessures des mots ne guérissent jamais.
Que deviennent ces impacts ? Ils se transmettent tous, Nadine a eu le sourire qu'elle a transmis à sa voisine dix minutes plus tard, celui qui "aurait dû", "était trop" ou "pas assez", s'est agacé sur ses enfants qui étaient trop remuants, et son conjoint pas assez tendre.
Les mots sont comme des caresses à celui qui les reçoit, ou comme des coups, et c'est un pouvoir extraordinaire qui nous est donné que de pouvoir les employer. Il semblerait même que ce soit la différence entre les animaux et nous. Mais quel défi, mes Amis, quel défi de porter une telle responsabilité. Alors épurons nos pensées, épurons nos propos, et peu à peu, répandons telle un battement d'aile de papillon, un peu d'Amour et de beauté à travers nos lèvres.