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dimanche 25 janvier 2026

Peau d'Ânesse

 Chers Volusiens, Chères Volusiennes, 

    J'étais tranquillement en train de trouver que j'étais la personne la plus misérablement nulle au monde, quand il me prit l'envie saugrenue de vous faire part de mon état d'esprit. Dans l'esprit scout ; "si tu te sens misérablement nul, tape dans tes mains !", mon petit doigt m'a dit que l'on doit être nombreux. Non que ce soit une réalité : en effet, mon environnement m'explique plus ou moins tendrement que je ne suis pas nulle. Le Trésor Public, par exemple, semble trouver en mon pas du tout humble personne une richesse intérieure que j'ai du mal à soupçonner, mais cette espèce de certitude à géométrie variable a tendance à s'imposer à moi au moment où je m'y attends le moins (et c'est facile, je ne m'y attends JAMAIS). Je suis en train de cuire du riz, mon œil remarque que j'ai laissé traîner une petite cuillère, ce qui, nous l'avouerons, ne mérite pas la peine de mort, et voilà que ma pensée trouve ce prétexte pour faire de votre auguste servitrice une souillon, une Peau d'Âne sans le sang royal qui n'est pas capable de ... Parce qu'elle est trop ... et pas assez ... Ce qui induit immanquablement la justification de la série d'échecs colossale de ma vie, à commencer par une inaptitude au bonheur, dont je suis bien évidement coupable et condamnée, et bien évidemment à perpétuité. La cause et la conséquence s'emmêlent donc dans une logique circulaire parfaitement vicieuse.

    Quelqu'un qui se sent concerné ? Ne me la racontez pas à moi, je sais que nous sommes très nombreux, sinon quel serait la raison d'être du Trésor Public ? (Merci à toi, cher Trésor, de nous rappeler à tous que nous avons de la valeur).

    Et puis au bout un moment, ça finit par m'énerver, et mon esprit torturé décide que mon génie méconnu doit son anonymat à l'inaccessibilité de son talent : le gueux (que j'étais il y a quelques lignes) n'a pas les capacités humaines, intellectuelles, mentales et artistiques pour percevoir que votre servitrice (avec le sang royal, cette fois) est quasiment surhumaine, guidée par les anges de Dieu en personnes, et que je suis la plus forte du monde, et que vous verrez, un jour, que je suis la plus forte, et vous serez tous bien embêtés quand je serai partie en Amérique ou ils reconnaîtront mon talent.

    J'observe donc d'une part, l'influence massive du Petit Nicolas de Sempé sur ma psyché, et de l'autre l'infantilité de mon positionnement. 

    Et puis de toute façon, je m'en fiche, laissez-moi déprimer tranquillement, je n'ai plus envie de penser. Na ! Et là, sournoisement, dirai-je, une idée vient du plus profond de mon ventre, un peu comme une flammèche d'un feu qui commence à trouver le bois accueillant. Un début de vision différente, une fenêtre, qui s'entre-baille à peine, dans une perspective nouvelle :

    Et si l'idée de valeur était une vaste fumisterie ? Si le simple fait d'exister ne méritait pas qu'on en parle, ou qu'on y pense ? Attention, ça nous emmène à des extrémité auxquelles notre société ne nous invite pas : "Je suis, et c'est suffisant": suffisant pour aimer, s'aimer, être aimé. Le mot valeur tombe alors de lui-même : Je ne suis pas un objet que l'on achète ou que l'on vend ! Flûte alors. Conséquemment, la fonction du Trésor Public se déplace radicalement.

    La colère change alors de sens, et une sentence bien différente apparaît alors :

A partir de maintenant, je me fiche la paix !


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