Il observa attentivement sa
collaboratrice, cherchant à déceler dans son regard le moindre
indice indiquant qu'elle plaisantait, et n'en trouvant pas, jeta
entre eux :
"C'est une blague, dis-moi que tu
rigoles." Elle planta son regard dans le sien, ne lui laissant
aucun doute sur ses intentions.
"On ne peut pas faire ça,
c'est... C'est ... contre nature, amoral, pas éthique. On ne peut
pas faire ça."
Il avait scandé sa dernière phrase,
comme si les mots prononcés plus fermement devenaient plus vrais de
la sorte. "Mais tu imagines, c'est une véritable amputation, on
va tous les rendre fous, ça frôle le génocide, c'est un génocide.
Nous sommes responsables d'eux. Certes, leur existence est vouée à
l'expérimentation, et nous ne nous en sommes pas privés, mais là,
ça va trop loin.
- Trop loin, je ne crois pas, c'est l'expérience finale qui nous permettra de voir si les différentes mutations apportées sont opérationnelles.
- NON ! ", Il avait hurlé sans s'en apercevoir, "Non, on leur a limé les dents, on leur a tondu leur fourrure, on a chimiquement trifouillé leur centre instinctif. Ils ont le bulbe rachidien en vrac les organes ou sous-régime, même un caillou pleurerait devant ce qu'on leur a infligés.
- Tu oublie qu'ils l'ont tous accepté, chacun d'entre eux.
Son ton froid et posé l'exaspérait
au-delà de tout.
- Mais ce sont des animaux à peine conscients de ce qui leur arrive, on ne peut pas dire qu'une fourmi choisit d'être écrasée ou une méduse de vivre dans tel ou tel océan, bon sang, il faut raison garder, et là, tu l'as clairement perdue.
- C'était le contrat de départ, et c'est comme ça, tu ne peux rien y faire et moi nous plus. Je te prie donc d'arrêter ce sentimentalisme déplacé. Ils ont donné leur accord autant que tu l'acceptes."
Il prit quelques minutes pour
rassembler ses idées, et plus il y pensait, plus ces pauvres bêtes
avaient effectivement demandé à être coupées. Insoutenable. Un
haut-le-coeur le saisit et il courut vomir dans les toilettes du
centre de contrôle. Puis il fut pris de sanglots incontrôlables, la
honte, la peur pour ces misérables bêtes, sa propre impuissance à
ce qu'elle osait appeler un choix lui coulaient par les yeux.
Il revint abattu dans le laboratoire,
vaincu, et ne put saisir dans sa détresse le regard rougi de sa
collaboratrice.
- "Alors on les coupe ... "Son ton était résigné, presque surpris.
Ils lancèrent le processus le
lendemain. Il s'agissait de les faire passer dans un champ
électromagnétique qui aurait pour effet de dissoudre le tube qui
les reliait au Générateur Central, et qui du même coup anéantirait
tout souvenir précédent cette opération. Ils ressortaient de là
perdus, terrorisés, comme fous, et nos deux amis assistaient à la
cruauté de ce spectacle. Ils l'ont choisi. Ils remirent
ensuite leurs petits Humains dans leur vivarium Terre.
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