Chers
enseignants, chères enseignantes,
Je
me présente, Caroline, la maman de Maylis, l'adorable petite puce de
sixième 2.
Aujourd'hui
je vous ai fait une galette des rois. N'allez à aucun moment
imaginer que ce soit de la pure charité de ma part, loin de là,
ceci est un savant calcul qui arrange la seule personne qui
ait vraiment de l'importance à mes yeux : moi !
Voyez-vous,
j'étais tranquillement en train d'effectuer un comparatif des
mérites du thé parfumé accompagné de couronne des rois et du
bon blockbuster à effets spéciaux aussi impressionnants que
l'indigence scénaristique (en fait il s'agissait de
tortues qui protégeaient une journaliste capable de taire le plus
grand scoop de sa vie, on nage en plein délire !) quand soudain, là,
sans prévenir, abruptement, d'un seul coup, ma Petite Chérie me
sort pour la trente-septième fois : "Maman, je voudrais faire
un gâteau pour la salle des profs", euh, pardon, "des
professeurs". Je lui réponds, telle une mère responsable,
qu'elle ferait mieux de se taire parce que là il y a Rafaello qui va
sauter du camion pour exploser la jeep des méchants,
et que c'est autrement plus important, que diable !
L'enfant
répond que quand-même, et elle ose sortir l'Arme, entendez par
là un regard à mi-chemin entre le chaton en corbeille du calendrier
des pompiers et le regard perdu et désespéré que l'on peut
retrouver dans les descriptions de Zola et le téléthon. Je
tente de lui expliquer qu'il faut faire les choses dans l'ordre
et aller au bout de ses idées et que donc tant que le rat Ninja
n'a pas collé une pile à l'horrible Schreider, elle peut aller se
faire cuire une galette.
Fin
du film, donc du prétexte. Faut dire que c'était le troisième de
la journée, mais vous en avez beaucoup, vous, des activités un
dimanche après-midi pluvieux de janvier ?
Je
me suis ensuite longuement interrogée sur la nécessité d'encrasser
la cuisine. Réfléchissons : qu'aiment les professeurs ?
Le café et les photocopieuses qui fonctionnent bien. Allons donc
chercher une friandise qui peut remplir les deux fonctions ; il faut
que ce soit plat pour rappeler la photocop' et savoureux comme
la tasse de petit noir qu'on va se chercher après s'être
mangé les quatrième B, parce que "ils m'ont vidée ces
petits crapauds, vivement les vacances, la retraite, la sieste et
vendredi soir, et si possible, tout de suite, et vite
un café, ça va me calmer !", le tout accompagné d'une main
tremblotante au calme susnommé quelque peu aléatoire et d'un
cartable de trente-cinq kilos d'espoir pédagogique.
La
galette réjouira les professeurs de ma Doudouille adorée. Par
ailleurs, une galette a tendance à se reproduire, selon la bonne
vieille coutûme qui veut que "celui qui fait son crâneur en
ayant la fève sera puni du châtiment d'une autre galette",
ainsi, le plaisir se prolonge. Ils seront donc plus heureux et aptes
à transmettre un savoir nécessaire au développement intellectuel
de la Chair de ma chair, de fait ma Pupuce apprendra mieux tant il
est vrai que prof content élèves apprendants, elle pourra
ensuite faire des hautes études, devenir prix Nobel du monde et
m'offrir une retraire dorée avec carte bleue illimitée et cuisine
équipée.
L'affaire
est faite, réalisons cette galette.
Ce
n'est que le premier paquet de pâte feuilletée ouvert qu'elle me
déclara avec un sourire à désarmer l'Irak "En fait, j'ai pas
trop envie de t'aider", et fila, la monstrueuse cacahuète,
jouer avec son lapin.
Il
s'en fallut de peu que vous ne mangeassiez de la tourte au lapin.
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