Nouvelles

mercredi 28 janvier 2026

La folie du monde, le retour

     


Je m'insurge, je 'insurge avec la dernière fermeté ! Oui, mes Chers Volusiens, je plante fermement mes poings sur les hanches, et tel un enfant de quatre ans que l'on prive sauvagement de son doudou pour le laver (sous le prétexte qu'après trois semaines de suçotage alternant avec le dépoussierage involontaire des quatre coins du quartier, il était sale, non mais !) bref, disé-je je ne suis pas du tout contente. Non, mes très Chers, contre Vous, car Vous, vous êtes des vrais gentils, preuve en est que vous me lisez, mais contre un système totalement stupide, ankylosant l'esprit, vicieux, tordu, malsain. J'aurais bien un mot de trois lettre qui me sortirait du clavier, mais oserai-je ? Oui, j'ose : c'est NUL ! voilà, c'est dit.

Il m'incombe maintenant, de vous expliquer à vous, mes Gentils à moi, la cause de mon ire. 

Figurez-vous qu'il y a quelques années, lorsque l'on avait un souci, un problème, du boudin dans la tête, l'humain normalement constitué avait trois ressources : 

- le crier sur les toits jusqu'à ce que quelqu'un entende sa détresse (ce qui n'est pas du tout, mais alors pas du tout le cas de ce propos, vraiment pas. Du tout. Aucunement),

- pleurer tout seul dans son coin, mais pour cela il ne faut pas un boudin géant, sinon ce n'est pas possible,

- l'appel à un ami (ça peut être une femme, mais celui qui m'enquiquine avec l'écriture inclusive, je lui envoie mon Larousse en pleine poire).

-la réponse D.

De manière rare, on s'isolait avec le super boudin, mais les personnes qui procédaient de la sorte étaient peu courante, et vite identifiées comme étant dans une grande souffrance.

Mais que vois-je, que constaté-je dans cette société post-covid ? Et bien le recours à un ami est devenu quasi inexistant. Si tu vas mal, ferme ta grande bouche, parce que l'autre n'est plus une ressource, c'est un danger, il peut te contaminer.  Mais contaminer de quoi, bon sang ? hurle mon humanité. Est-ce la honte ? La peur ? Une pudeur incommensurablement stupide de croire que l'on ne peut être avec l'autre qui si l'on lui montre seulement son beau visage, bien souriant ? Foutaises ! Cette idée nous transforme en objet de marketing qui nous enjoint de montrer un emballage rutilant, quand à intérieur, c'est la bande de Gaza. Vous aimez ça, vous, qu'on vous survende un produit ordinaire parce qu'on a mis un beau papier autour ? Et bien moi pas. Et avoir des jours où l'on a envie de se mettre à la poubelle (non-recyclable, parfois), c'est précisément ordinaire. Je ne crois pas que ça mérite le bannissement. Ou alors, dites-moi où tout ce beau monde est banni, que j'aille y partager un café larmoyant, parce que la vie c'est moche et que parfois la vie moche, elle est plus joliment moche à plusieurs.

Ce propos est donc un réquisitoire pour le coup de fil à la copine quand ça va pas, et si la copine ne va pas mieux, et bien on lui laisse à son tour déverser sa douleur, devant une bonne tasse de thé, qui selon votre servitrice devrait être rangé dans l'armoire à pharmacie, juste à côté du chocolat.

dimanche 25 janvier 2026

Peau d'Ânesse

 Chers Volusiens, Chères Volusiennes, 

    J'étais tranquillement en train de trouver que j'étais la personne la plus misérablement nulle au monde, quand il me prit l'envie saugrenue de vous faire part de mon état d'esprit. Dans l'esprit scout ; "si tu te sens misérablement nul, tape dans tes mains !", mon petit doigt m'a dit que l'on doit être nombreux. Non que ce soit une réalité : en effet, mon environnement m'explique plus ou moins tendrement que je ne suis pas nulle. Le Trésor Public, par exemple, semble trouver en mon pas du tout humble personne une richesse intérieure que j'ai du mal à soupçonner, mais cette espèce de certitude à géométrie variable a tendance à s'imposer à moi au moment où je m'y attends le moins (et c'est facile, je ne m'y attends JAMAIS). Je suis en train de cuire du riz, mon œil remarque que j'ai laissé traîner une petite cuillère, ce qui, nous l'avouerons, ne mérite pas la peine de mort, et voilà que ma pensée trouve ce prétexte pour faire de votre auguste servitrice une souillon, une Peau d'Âne sans le sang royal qui n'est pas capable de ... Parce qu'elle est trop ... et pas assez ... Ce qui induit immanquablement la justification de la série d'échecs colossale de ma vie, à commencer par une inaptitude au bonheur, dont je suis bien évidement coupable et condamnée, et bien évidemment à perpétuité. La cause et la conséquence s'emmêlent donc dans une logique circulaire parfaitement vicieuse.

    Quelqu'un qui se sent concerné ? Ne me la racontez pas à moi, je sais que nous sommes très nombreux, sinon quel serait la raison d'être du Trésor Public ? (Merci à toi, cher Trésor, de nous rappeler à tous que nous avons de la valeur).

    Et puis au bout un moment, ça finit par m'énerver, et mon esprit torturé décide que mon génie méconnu doit son anonymat à l'inaccessibilité de son talent : le gueux (que j'étais il y a quelques lignes) n'a pas les capacités humaines, intellectuelles, mentales et artistiques pour percevoir que votre servitrice (avec le sang royal, cette fois) est quasiment surhumaine, guidée par les anges de Dieu en personnes, et que je suis la plus forte du monde, et que vous verrez, un jour, que je suis la plus forte, et vous serez tous bien embêtés quand je serai partie en Amérique ou ils reconnaîtront mon talent.

    J'observe donc d'une part, l'influence massive du Petit Nicolas de Sempé sur ma psyché, et de l'autre l'infantilité de mon positionnement. 

    Et puis de toute façon, je m'en fiche, laissez-moi déprimer tranquillement, je n'ai plus envie de penser. Na ! Et là, sournoisement, dirai-je, une idée vient du plus profond de mon ventre, un peu comme une flammèche d'un feu qui commence à trouver le bois accueillant. Un début de vision différente, une fenêtre, qui s'entre-baille à peine, dans une perspective nouvelle :

    Et si l'idée de valeur était une vaste fumisterie ? Si le simple fait d'exister ne méritait pas qu'on en parle, ou qu'on y pense ? Attention, ça nous emmène à des extrémité auxquelles notre société ne nous invite pas : "Je suis, et c'est suffisant": suffisant pour aimer, s'aimer, être aimé. Le mot valeur tombe alors de lui-même : Je ne suis pas un objet que l'on achète ou que l'on vend ! Flûte alors. Conséquemment, la fonction du Trésor Public se déplace radicalement.

    La colère change alors de sens, et une sentence bien différente apparaît alors :

A partir de maintenant, je me fiche la paix !


mercredi 23 juillet 2025

Liberté

Chers Volusiens, chères Volusiennes, 

Saisie par le bonheur de vous rédiger une bafouille à ma façon, j'ai hier commis un texte d'un ennui à mourir tel que je crois bien m'être endormie en l'écrivant. Faut-il que je vous aime, très Chers, pour ne pas vous l'infliger, et tenter de vous distraire, sinon de vous amuser. Or il faut le reconnaître, je manque en ce moment drastiquement d'inspiration. 

J'ai failli m'étendre sur le temps grisâtre qui fait râler les touristes, persuadés qu'ils sont que le soleil est compris dans la location du mobil-home, j'ai voulu rédiger un propos sur l'art et la manière d'aller chercher un cheval au milieu de son paddock, quand quinze centimètres d'une boue aussi glissante que collante vous fait réfléchir très sérieusement à la téléportation jusqu'à l'équidé recherché, ou à revendre votre plus noble conquête qui vous voie sans s'approcher de vous, pour acquérir celle qui est à l'entrée du paddock, l'amour a ses limites, très Chers. 

Mais au final, je vais vous entretenir d'une activité passionnante qui me prend le plus clair de mon temps. Elle s'appelle : Jecommenceparkoi. Pour cela, je me lève le matin, renouvelle les liquides de mon corps (mode élégant pour dire que je fais pipi, puis que j'ingurgite un lac d'eau chaude avec de l'herbe infusée), puis, une fois présentable, un jean et un coup de propre sur le nez plus tard, je me pose dans mon salon OU BIEN ma cuisine, car nulle limite ne me retient, et je réfléchis à ce que j'ai à faire dans la maison. Linge, jardin, tableaux à accrocher, nettoyages des murs, sols, portes, meubles, et autres, organisation de mes papiers, vêtements, trucs et machins divers et variés, et j'en passe, et des pas plus meilleures.

J'ai lu dans des magazines féminins de salles d'attente et des publication Facebook, hautes références s'il en est, qu'il faut établir des priorités. Donc comme j'ai très envie d'être quelqu'un de bien, parce que c'est bien d'être bien, je décide de réfléchir à la priorité du moment. Je tourne tous les aspect à établir comme une priorité, depuis les ça fait trop longtemps que ça traîne, jus


qu'aux  je m'en occuperai quand il y en aura plus à ranger/nettoyer, jeter/donner/faire. 

Je passe par l'étape non mais là ce n'est plus possible, c'est vraiment trop, oui mais comme il faut chercher un truc qui fait du bruit (pas agréable voire agressif), ou qui est rangé dans un placard (au moins deux étapes), mon inconscient va ipso facto le déprioriser. Quoi le sol est noir est ce n'est pas sa couleur d'origine ? Et bien moi j'aime ça ! dit la petite voix dans ma tête, qui ajoute que ça va super bien aller avec mes boots d'équitation qui n'ont pas vu de cirage depuis le confinement ! 

L'argumentation va bon train dans ma calebasse ultra contreperformante de la mise en beauté de mon logement. Au bout de 90 minutes de la contemplation superposée de mon antre et de mes pensées, je réitère le renouvellement de liquide, et, tiens, faut faire des courses, je n'ai plus de dentifrice. Va pour les  courses de dentifrice, nonobstant la présence silencieuse de deux autres tubes neufs. 

Les rageux y verront une fuite de mes responsabilités nettoyantes, laissons parler les mauvais coucheurs, je suis simplement prévoyante. 

Bon, l'heure du déjeuner, je me prépare un bon plat, et toc, médi-sieste : il s'agit une pratique visant à écouter une méditation guidée pour le bien de sa spiritualité, le tout allongée dans mon canapé ET NON dans la cuisine, beaucoup moins adaptée. Le bien-être, penser à soi, se recentrer, tout ça tout ça, parce c'est bien, et que je l'ai vu sur YouTube et que c'est bien d'être bien.

Oups, déjà 16 heures, ce fut une grosse méditation, mes chakras sont enfin fonctionnels (je comprends mieux pourquoi je ne me décidais pas), et je peux enfin penser à l'essentiel, une tisane avec des petits biscuits sans sucre et sans gluten parce que c'est pas bien de manger du gluten, c'est mon ventre qui me le dit très très fort à chaque fois que j'en prends.

Nous voilà à reprendre ma réflexion sur le sens des priorité, et décide de m'inspirer de ceux qui savent sur internet. Et vous ne devinerez jamais ce qui j'y ai trouvé, LA réponse ultime : je sus TDAH, autisme, procrastinatrice pathologique, hypersensible ! Mon horizon s'élargit, je peux enfin vivre dans ma médiocrité sans plus chercher à la dépasser, je suis LIBRE !!!

samedi 19 juillet 2025

Bien fait pour ta tête

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Cette tentative de Baudelaire pour vaincre non pas sa douleur, mais l'emprise terrible qu'elle tenait sur lui est belle, quoique parfaitement inefficace. On ne peut négocier avec un parasite, surtout si ce dernier vous dévore l'esprit, le cœur, les tripes, et, cerise sur le gâteau de boue, la vision du monde.

Elle est là, au mieux logée au creux du plexus solaire, se contenant de bloquer la respiration et la digestion, au pire dans des pensées obsédantes qui me font penser des insultes envers moi dont je n'exprimerais pas le dixième à mon pire ennemi. Cet état de fait propulse donc cette souffrance en ennemi privé numéro un. 

Non contente de détruire avec une efficacité redoutable ma capacité à penser, digérer et respirer, elle tronçonne méticuleusement ma confiance en moi, en l'avenir, en ma capacité à faire face à la vie. Elle efface de mon programme interne toute solution d'y échapper. Je déroule la liste de mes contacts, espérant pouvoir lancer une bouteille à la mer, et parler à un congénère bienveillant. La liste est déroulée, et la douleur me laisse croire qu'il n'y aura aucun secours de ce côté-là. Je vais sortir, marcher, courir, peu importe, bouger, mais la compagne noire ma paralyse les jambes. 

Comme une pierre dans mon estomac, elle me provoque des nausées. Est-il possible de parlementer avec la personne dont le lien habité de mille ombre a suscité le réveil du monstre ? Que nenni. Qu'est-il de plus douloureux que de ne pouvoir dire à la personne aimée qu'on l'aime, alors même qu'elle est persuadée du contraire.

Ah ! Enfin quelques larmes ! La pierre devient lave glacée, et quelques petites tonnes disparaissent de mon plexus. plus que deux ou trois milliers de litre pour retrouver un diaphragme un tant soit peu fonctionnel. Le soulagement ne dure cependant pas. La douleur exige son tribut. Toujours plus.

C'est un vers solitaire, chaque anneau perdu laisse place à un autre, et un autre, et un autre. Quel est l'aune de la souffrance ? Plus on aime, plus on a mal dan les situations de perte de lien. Et moins on s'aime, plus on a mal.

On ne peut s'empêcher de penser que l'inventeur de cette mécanique est un pervers brillantissime. Or c'est le lot de la nature humaine. Que donc penser de la nature humaine ? Tiens, ma douleur arrive à me faire croire que l'humain est naturellement pervers : Je t'ai vue, vilaine bête, et je reste, en mon âme et conscience sur l'idée que l'Homme est un être merveilleux. Et toc ! J'ai marqué un point, ce qui fait ... 1 à 2 millions.

Le match n'est pas terminé, vilaine bête, même si tu peux me faire croire le contraire, quelque chose en moi est vivant, vibrant, les pires tortures intérieures du monde ne me feront jamais renoncer plus de quelques minutes, ou heures, à la beauté de la Vie, vilaine bête ; j'ai des armes, moi aussi, les larmes libératrices, la foi en la vie, qui se montre au tréfond du désespoir, au-delà de ma capacité à l'invoquer, les amis qui appellent, alors même que j'ai renoncé à les solliciter.

Et toc, vilaine bête, toit-toi tranquille, ou attaque-moi, au final, la Vie gagne en moi,

et bien fait pour ta tête !



mercredi 16 juillet 2025

La folie du monde

 Chers Volusiens, chères Volusiennes, c'est avec toute la gravité qui s'impose que je m'adresse à vous aujourd'hui. Notre monde est fou ! les guerres emplissent le monde, la famille est éclatée, les hommes deviennent des femmes et inversement, et il n'est plus possible de manger un snack sans tuer la planète. Avoir un regard différent sur le monde est passible de la peine de mort sociale, on déteste les hommes parce que ce sont des hommes; les femmes parce que ce sont des femmes, les riches parce qu'ils sont riches et les pauvres parce qu'ils sont pauvres. La nourriture est malsaine, l'air et l'eau pollués, la médecine et l'éducation en plein délitement.

Sur ce constat incroyablement consensuel (en un seul mot, hein, même si certes, la première syllabe est signifiante, alors que la sensualité peine à apparaître), moi, votre Dévouée, ai décidé de remédier à cela. Après moultes heures de rage noire méditation transcendantale, j'ai mis au point une approche à la pointe de l'innovation. 

J'ai donc sollicité en moi toute la matière grise disponible, usé et abusé de toue ma créativité, fourni du sang, des larmes et de la sueur (mais pas trop, parce que j'ai la clim), et sollicité toutes les drogues possibles (chocolat, cacao, chocolat noir, chocolat blanc, et chocolat au piment d'Espelette). Je me suis attelée sans relâche, disé-je, à la mise en place d'une réponse à apporter en ces temps difficiles, et accessible au plus grand nombre.

J'ai exclu la fusée vers une autre planète, parce que j'ai estimé que mon PEL n'allait pas suffire à en construire une, puis j'ai envisagé de mettre une grosse bombe dans les endroits qui posaient problème, mais il m'a été dit que d'autres y pensaient déjà et que c'était moralement discutable. J'ai ensuite pensé à dire aux gens que c'était mal de faire des choses pas bien, mais j'ai eu peur de saturer tous les serveurs informatiques du monde, et du coup, je n'aurais plus eu Netflix.

Puis l'illumination, Chers Volusiens, que dis-je, qu'écrivé-je : l'Illumination ! J'avais la réponse parfaite dans ce monde de fous : économique, écologique, 0% de matière grasse, comme les Chupa-chups ! La coupdepellothérapie.

Chers Volusiens, Chères Volusiennes, laissez-moi donc vous faire part de cette révolution sanitaire et sociale. Vous imaginez une pelle, au manche bien solide, du chêne ou du hêtre. Evitez le bois tendre comme le pin, ça marque trop facilement, et la résine qui coule peut coller sur vos doigt imaginaires.

Visualisez-la en aluminium pour les moins musclés (c'est plus léger), ou en fer blanc pour les costauds, prenez le temps de la sentir en vos mains, de la soupeser, et d'en équilibrer le poids lorsque vous la tenez.

Puis le moment venu, lorsque vous suffoquez littéralement sous la bêtise ambiante, brandissez gaillardement dans votre tête l'objet de votre guérison spirituelle, respirez profondément et appliquez-le d'un geste délié mais cependant ferme et précis sur l'objet visualisé de votre courroux. Il n'est pas interdit de réitérer l'opération jusqu'à ce que l'état de votre cible  soit plus bas que celui de votre système nerveux.

Lorsque votre cible est atteinte, il est tout-à-fait possible d'en visualiser une autre pour le bien de l'Humanité.

Je vous laisse, mes Volusiens, le taille-haie du voisin me grille les neurones, je vais m'en occuper, des bisous chaleureux !



lundi 14 juillet 2025

Mission à la noix

La voix dans sa tête insistait : "Dis-le lui, c'est primordial, dis-le lui avant 18h !" Amou n'en pouvait plus de ces missions à la noix, comme il les appelait. Affirmer en toute tranquillité à de parfaits inconnus qu'un mur allait leur tomber sur la tête dans l'heure suscitait en lui une nausée quasi permanente. "Dis-le lui donc !" Il s'agissait aujourd'hui d'annoncer à ce pompiste de l'aire d'autoroute qu'avant soixane minutes, un AVC allait le terrasser pour le rendre hémiplégique. 

Comme d'habitude, il chercha une solution de fuite, partir, s'arracher la langue, prier pour avoir lui-même un AVC, être kidnappé par des reptiliens, sa créativité pour échapper à cette situation n'avait rien à envier aux auteurs de séries netflix. "Dis-le lui !", hurlait doucement cette voix en lui.

Ce malheur, ou don, comme une voyante l'avait déterminé, l'avait pris d'assaut le jour de ses vingt ans. Il "su" la rupture d'anévrisme de sa soeur", une heure avant qu'elle se produisît. Pris de panique, il lui hurla sans réfléchir " qu'est-ce que tu as à la tête ?". Sa soeur le regarda étrangement, comme si son propos ne faisait qu'étayer ce qu'elle savait déjà. Puis un triste sourire éclaircit à peine son visage juvénile, et lui répondit : alors c'est donc l'heure." Ce n'était pas une question, elle l'affirmait sans l'ombre d'un doute. Les minutes qui suivirent virent Amou dans un état de brouillard mental dont il ne lui resterait ensuite que quelques bribes. Sa soeur qui passe quelques appels aux différents membres de la famille, quelques messages enregistrés aux amis, un "je t'aime frangin" mal perçu, puis elle tomba, sans bruit, pour ne plus se relever, malgré les efforts des secours pour la ramener à la vie.

Ainsi commencèrent les "missions à la noix", tous les jours ou presque, il fallait annoncer une catastrophe imminente à une pauvre âme. Entre exigence de cette voix intérieure et impuissance à empêcher les drames, Amou devenait à moitié fou.

A moitié seulement.

Sa conscience était intacte, mais la torture qu'il devait endurer ne prenait jamais fin. Pourquoi donc annoncer à quelqu'un un drame sans même qu'il ait le temps de l'éviter ? La question tournait en boucle dans son esprit depuis toutes ces années, et lui avait prématurément blanchi les cheveux et terni le regard.  Pour son malheur, personne ne semblait jamais remettre en question la véracité de ses propos, il l'aurait préféré. Il détruisait l'espoir avant même le drame. 

Il maudissait Dieu, sa vie, sa soeur, qui l'avait abandonné, il se maudissait lui-même, son rôle n'avait aucun sens. Et chaque jour, il devait annoncer des maladies, des accidents, des chutes, des meurtres, des fausses couches, des attentats, et tout ce que la nature humaine peut connaître de pire.

Et puis un jour, la voix lui dit : "Dans une heure, une explosion de gaz mettra un terme à ta vie". Il s'assit, la voix ne répéta pas, lui-même n'avait jamais eu besoin de répéter son augure. Il s'assit tranquillement, et son chat vint se lover sur ses genoux. Alors c'était fini. Puis il vint à penser à toutes ces années écoulées à annoncer des drames, à son chat, ses parents et leur jardin potager, à la voisine qui lui proposait régulièrement un café, à la lumière de ce mois de mars, il se remémora le goût de la soupe à la tomate du dîner de la veille, aux différentes tonalité des pluies d'hiver, à son dentiste au sens de l'humour inimitable. Il se souvint du goût de sa première barbapapa, et du bruit des vagues, des verres qui s'entrechoquent pour célébrer, de la chaleur du soleil sur sa peau, et de chopin.

Puis il comprit. Toutes ces annonces tragiques avaient un sens, pour chacune des peronnes qui l'avaient croisé à commencer par sa soeur. Lui -même le vivait : enfin, après toutes ces années, il se sentait enfin vivant.

lundi 6 avril 2020

Rien que des mots

Les pouvoirs de la parole - Figaro psycho santé – - Le blog à palabres
Aujourd'hui il fait un temps à ne pas mettre un parapluie dehors. Un léger vent pousse doucement les gouttes d'eau vers la fenêtre et je contemple mon thé fumant avec une acuité peu ordinaire. Je n'avais jamais fait attention à cette couleur dorée si caractéristique. Les volutes blanchâtres qui  s'en dégagent forment une danse qui obéit à des lois invisibles dictées par les déplacements d'air. Il me vient une question : quel chemin amène un mouvement physique à déplacer l'air de mon thé, est-ce cela que l'on appelle l'effet papillon ? Peut-être que l'éternuement d'un chien en Alaska a provoqué un ensemble de phénomènes qui trouve pour achèvement cette forme si particulière, là, au-dessus de ma tasse.
Cette réflexion en amène une autre plus large : quel est mon effet sur le monde ? Si une action aussi automatique que bouger ou respirer peut aboutir à un effet visible, qu'en est-il des gestes anodins, mieux, des mots que je prononce, que j'écris ? Vont-ils eux aussi provoquer un mouvement ?
L'Histoire nous a prouvé à maintes reprise que c'est le cas depuis "I have a dream", jusqu'à "Imagine", en passant par "Veni, vidi, vici", certaines paroles ont eu des impacts mémorables, et ont influencé des peuples entiers.
Et mon petit propos à moi ? Mon petit "Bonjour Nadine, tu as l'air en forme aujourd'hui.", ou mon "Sortir avec toi, tu plaisantes ?". Auraient-ils des conséquences comparables ? Serait-ce un mouvement invisible qui produit un effet visible ?
Je suis un être humain normal, français, de classe moyenne, d'intelligence moyenne, de confiance en soi moyenne. Mais j'ai souvenir de ces phrases, simples et redoutablement impactantes, je me souviens à mes sept ans d'un "Que tu es maladroite" qui crée une tension dans mon ventre à chaque fois que je tente un travail un peu minutieux.
Je me souviens de ce surnom : "la poète de la classe", quand je faisais des rimes en [é] sur quelques lignes en primaire et qui aujourd'hui m'autorise à écrire.
Je me souviens des "je t'aime" qui m'ont inondée de joie, et de ceux qui m'ont fait me sentir un objet utilisable.
Je me souviens aussi des mots prononcés sans sagesse, que, pour mon plus grand malheur et celui de mon interlocuteur, ont créé une déchirure terrible. Des "tu devrais", des "tu es trop", des "moi par exemple", des "Tu n'es pas .." autant de coups de poignard. Cet adage a raison, les blessures des mots ne guérissent jamais.
Que deviennent ces impacts ? Ils se transmettent tous, Nadine a eu le sourire qu'elle a transmis à sa voisine dix minutes plus tard, celui qui "aurait dû", "était trop" ou "pas assez", s'est agacé sur ses enfants qui étaient trop remuants, et son conjoint pas assez tendre.
Les mots sont comme des caresses à celui qui les reçoit, ou comme des coups, et c'est un pouvoir extraordinaire qui nous est donné que de pouvoir les employer. Il semblerait même que ce soit la différence entre les animaux et nous. Mais quel défi, mes Amis, quel défi de porter une telle responsabilité. Alors épurons nos pensées, épurons nos propos, et peu à peu, répandons telle un battement d'aile de papillon, un peu d'Amour et de beauté à travers nos lèvres.

dimanche 5 avril 2020

Le rageux

Tout savoir sur l'ingrédient L'oeufLe rageux aime écrire, il exprime derrière son écran ce qu'il pense de ce qui est dit. Il a une nette opinion du bien et du mal, de ce qui est convenable de ce qui ne l'est pas. Le rageux est donc une personne très comme il faut. Un bien-pensant en qui l'on peut avoir confiance pour discerner le sens moral d'une publication.
Il n'est pas frontal, il ne lui viendrait pas à l'idée d'envoyer un message personnel à l'auteur de la publication fallacieuse. Il ne pourrait être lu par le plus grand nombre et c'est dommage, car son propos est intéressant. D'aucuns pourraient le croire veule, certes non, il clame haut et fort son point de vue.
Le rageux connait en général mal les tenants et les aboutissants de la discussion ou du sujet qu'il commente. Si c'était le cas, ce serait un opposant, qui serait apte à arguer contre la publication et ainsi enrichir les lecteurs d'un autre point de vue. Non, il ne sait pas grand chose, et possède ceci de rassurant que cela lui est largement suffisant pour émettre un propos fâcheux, offensant, voire carrément insultant.
Le rageux aime également s'en prendre à des publication qui demandent une aide, et par pure délicatesse, prend le temps de signifier à l'auteur à quel point son malheur lui est dû et sa solution est mauvaise (à savoir demander de l'aide). Ainsi l'auteur peut ne s'en prendre qu'à lui, s'enfermer dans sa chambre et réfléchir à tout cela pour une plus grande évolution.
Il ne supporte pas ce qui n'est pas d'un ordre militaire, et tout ceci nous rappelle une période heureuse où tout était parfaitement en ordre, et où les chefeux plonds étaient goupés drès gourts !
Certaines fois, je me demande si le rageux ne se sentirait pas un peu frustré de sa vie, très rangée, très ordonnée, ou pas du tout rangée comme il voudrait. Il essaie tout naturellement, dans sa grande bienveillance, d'éviter un tel écueil à son entourage non immédiat. 
Ou bien peut-être que sa vésicule produit un excès de bile, et que cette personne, ayant du mal à équilibrer son système, celle-ci trouve un exutoire derrière son écran. On ne saurait trop conseiller à notre ami de s'adonner à une pratique sportive intense. Et pour compléter le tout, nous l'invitons à s'alimenter suffisamment de protéines afin de nourrir ses muscles. On ne saurait trop l'inviter à choisir une alimentation bio, les oeufs proposent en cela le meilleur rapport qualité/prix. Il ne reste plus qu'à bien les faire cuire à sa convenance.

samedi 4 avril 2020

Isolement

SOLITUDE : Comment l'isolement social transforme le cerveau ...
Ah, c'est bien, tu as une terrasse, plus facile le confinement.
En effet, le confinement est plus facile quand on peut ressentir le soleil sur sa peau, qu'on ne manque ni de place, ni d'argent, ni de créativité, que l'on est en bonne santé et que les température sont modérés (imaginons avec des températures estivales ou polaires, nous ne sommes pas loin de l'enfer
mement.
Abordons ici le thème de la solitude. De nombreux foyers sont composés de personnes seules et j'en fais partie. Cette crise nous permet dévaluer d'autres éléments que ceux qui sont en couple ou en famille.
Nous avons tout d'abord vécu l'adaptation à cette nouvelle situation dans un calme tranquille. Ca n'allait pas beaucoup changer les choses pour nous, j'entends par là les solitaires : s'occuper seul, sortir pour deux ou trois bricoles, rentrer, manger et dormir seuls, nous savons faire. Ceux qui ne supportent pas la solitude se sont débrouillés pour choisir un confinement avec papa, maman, tonton Henri ou Mamie Juliette, ils ne sont plus des pièces isolées sur l'échiquier de la vie.
Nous avons tout d'abord continué tranquillement notre train-train, à peine bousculés par quelques restrictions en termes de durée et de kilomètres.
Nous avons appelés quelques proches, seuls ou en famille, un ou deux coups de fil pour renouer un lien distendu par un quotidien qui accélère le temps. Les jours passent puis une tension s'installe. On voudrait appeler plus, mas les autres ne rappellent jamais, on hésite et on laisse tomber : Je ne vais pas les ennuyer, ils sont en famille". On lit les publications des réseaux sociaux : les parents qui craquent face à une constante présence des enfants, le conjoint qui agace. Ce n'est pas notre quotidien, c'est notre rêve. Les magasins sont vidés de farine. Pas important, on ne va pas faire cuire huit cent grammes de pain pour soi tout seul.
Ce confinement nous pose en contraste. Nous n'étouffons pas de l'enfermement, nous étouffons d'être exclus. Exclus de la vie de famille, du manque de contact humain. Allez papoter deux minutes avec un passant, et il panique. Une personne qui parle est un pestiféré en puissance.
En temps normal, le célibataire qui vit seul est déjà mis au ban. Oh ce n'est pas dit, ce n'est même pas suggéré, cet état de fait est dévoilé par des comportements subtils, les "je ne voulais pas te déranger", les mensonges aussi : "on ne sait jamais si tu es libre". ou encore le simple acte de ne tout simplement pas penser à nous lors de fêtes, repas, célébrations diverses. je parle pour moi, bien sûr, mais aussi pour tant d'autres, pas si loin de moi géographiquement ou dans le coeur.
A  ce stage du confinement, nous sommes comme des animaux attachés dehors à des piquets, nous ne manquons pas d'herbe à brouter, nous manquons de contacts avec nos congénères, à en avoir mal, dans le coeur et dans le corps.  Pas une seule seconde nos proches ne peuvent imaginer cette douleur, ils ne la connaissent pas, et c'est tant mieux pour eux. 
"Pour qui est-ce que je compte ?" se demande-t-on. Derrière, une autre pensée suit : "Je ne sers à rien, je ne suis rien". Le danger se présente là, l'abysse d'absurdité de notre vie. une pensée fausse, certes, mais qui pour la démentir ?
Amis solitaires, isolés, perdus dans le no man's land affectif, ce propos, je vous le dédie.

hésitation

Top 35 des canapés et sofas au design original et insolite | Topito
La journée commençait comme chaque jour par l'établissement de mon programme : je me demandais donc si j'allais commencer la journée par me colorer les ongles en rose indien ou éclaircir la couleur des joints de carrelage à grand coup de Saint-Marc au pin des Landes (voyez-vous, en tant que landaise, je promeus, et non pro-meuh, quoique blonde d'Aquitaine les pro-duits locaux, et non locos, ce qui signifie fous en Espagne, à moins d'une heure de chez moi), j'étais, disé-je, en train de réfléchir à l'efficacité de ma journée quand il m'arriva une chose extraordinaire.
Mon canapé me passa un savon. Non pas un savon ayant pour objectif d'éradiquer un coronavirus en temps de confinement, non non, ce genre de savon qui consiste en un nettoyage approfondi du cerveau, ou plutôt de son contenu aux bienfaits incertains.
"Ah non, ça ne va pas recommencer !" Hein ? Qui parle ?  Osez comprendre, mes Chers Volusiens, que vivant seule et ayant un monde imaginaire relativement bien clivé du monde réel, je n'avais a priori aucune raison valable de converser chez moi sans outil multimédia ni schizophrénie avérée.
"Ton histoire d'hésitation, qui te mène jusqu'à la fin de la journée, pour décider après le dîner que finalement, tu aurais aimé finir de tricoter le pull de ta fille, tu vas pas recommencer, parce que là, ce n'est plus vivable !". Quelque peu interloquée par ce propos autoritaire, je finis par viser mon canapé d'angle, et le vois m'observer de ses coussins à moitié avachis (il doit être simili blond d'Aquitaine, lui aussi).
-"C'est toi qui me parles, canapé ?
-Oui, et aujourd'hui, tu te débrouilles pour mener une journée constructive dès dix heures du matin. Décision- mise en action- réalisation-satisfaction."
Je le trouvai un peu gonflé, ce canapé à moitié dégonflé, il me sommait de prendre une décision, alors que lui-même n'avais jamais pu se décider à une identité de canapé ou de lit à sieste, de salle à manger ou de conférence, de blanc ou gris, de fixe ou mobilier. Je lui fis donc part de ma réflexion avec force argument et sagacité :
"Toi-même, hé, c'est celui qui dit qui est". Par un soupir audible depuis l"espace, il consentit cependant à m'expliquer les faits :
"Je n'en peux plus de te voir passer tes journées à les perdre, à hésiter, à tergiverser, tu bascules d'une idée à l'autre et au final, ta frustration n'a d'égal que ton désarroi, ton estime de toi est au plancher, et ça empire de jour en jour. décide dès le matin et tiens-toi à ton idée. Au moins aujourd'hui, non d'une table basse. 
Je réfléchis à ce que ce meuble m'avait asséné. I est toujours très pénible de s'entendre dire une vérité peu reluisante. Mais l'entendre d'une pièce de mobilier qui l'est encore moins, c'est un peu fort de café ! Donc je me préparai un thé, remède à tous les problèmes de l'univers ou peu s'en faut, et me concentrai sur la question.
Bon, je n'aime pas beaucoup me tromper dans mes décisions. Supposons que je décide de me tartiner les orteils de rose indien, et toc ! je me rends compte que j'aurais mieux fait de détartiner les joints. Il ne vaut donc mieux pas que je m'occupe de mes pieds. Mais si je nettoie les joints, et que je vois que ce n'était pas le bon moment, bing, je me retrouve à faire ce qu'il ne fallait pas.
Observatrice de mes pensées (faut dire qu'être observée par un canapé, ça vexe, si, ça vexe). Je prends lentement conscience que le choix dans cette situation n'a absolument aucune importance. il n'y a aucun enjeu. C'est intrigant, me dis-je donc en moi-même. Et telle Fantômette dans ma bibliothèque rose d'antan (j'ai des Lettres, chers Volusiens, j'ai des Lettres), je menai une enquête exhaustive :
Bon, deux choix aujourd'hui, et les eux me semblent bons et mauvais dans le même temps. Je crois que c'est par peur de me tromper. Et qu'est-ce qui se passe si je me trompe ? La tête me rassure aussitôt : rien, je vais donc interroger mon ventre. Si tu te trompe, tu es une ratée. Ah oui, en effet, l'enjeu existe donc. Et pourquoi je suis une ratée si je me trompe ? Mon ventre se crispe impitoyablement, et les larmes me montent aux yeux. Tu ne fais pas plaisir à papa et maman et ils ne vont plus t'aimer. Elles descendent le toboggan de mes joues, les larmes, et coulent au sol, entre le carrelage aux joints noircis et mes pieds au naturel. Le coeur répond alors : Et moi j'ai besoin d'amour et de sentir que je vaux quelque chose
Je reprends ma respiration, sèche mes larmes, et décide de réaliser une oeuvre qui me rendrait fière de moi. Je passai donc la journée à préparer le meilleur pot-au-feu de l'histoire de la cuisine, puis à le déguster le soir-même sur un canapé propre, les ongles vernis sr un carrelage éclatant.

vendredi 3 avril 2020

L'autre rivage

Anselme rêvait de ces vacances depuis plus de douze ans. A bord du Fast Cruiser, un voilier conséquent qui comptaient une trentaine de passagers à son bord, il contemplait l'espace infini qui le séparait de la terre ferme. 
Son veuvage l'avait laissé exsangue, et son désir de croisière avait été comme un phare dans la nuit. Il est tout-de-même incroyable de remplacer une épouse par un bateau, se disait-il, un peu honteux. Il ne comprenait pas lui-même, alors qu défilait devant lui une perpétuelle vague bleutée. 
Les souvenirs lui revenaient, dans une étrange dyschronie, le lit médicalisé juste déballé cotoyait la naissance de leur fils, leur voyage de noce  dansait avec l'annonce tranchante d'un diagnostic sans espoir, et ce cercueil si étroit tremblait de leurs disputes légendaires. Le tri se faisait lentement, dans son coeur blessé. 
Douze ans déjà, il ne comptait ni ne contemplait plus ses rides, qui se relevaient quand il la faisait rire de l'une de ses blagues douteuse qu'elle était seule à apprécier. Il ne voyait plus sa garde-robe évoluer au fil des saisons, des grossesses, des gains ou pertes de poids drastiques. Il ne s'agaçait plus de ses cheveux qui colonisaient gaillardement toute la maison.
Douze ans. Il lui avait fallu tout ce temps pour s'octroyer la permission de ce rêve, un voyage à bord d'un voilier. L'enfant qu'il avait été se réjouissait, et ses pensées s'égaraient parfois à s'imaginer en un lycéen chic du célèbre Deux ans de vacances, de Jules Verne. En quête d'aventures, il se voyait attaqué par des pirates, puis rejoindre leurs rangs, ou galérien affranchi, ou encore viking conquérant. Il tutoyait Christophe Colomb et découvrait un autre continent.
Une cloche le ramena à la réalité. C'était l'heure du dîner. Au menu, oeufs mimosa, lotte au curry et tarte aux poires. Il savoura ce dîner tranquillement, dégustant chaque bouchée. Il n'était as pressé, il n'avait nulle part où aller, aucun horaire à tenir, et personne ne l'attendait. Il ne devaient accoster sur une île du Dodécanèse que trois jours plus tard. Son repas longuement mastiqué, Anselme retourna sur le pont pour machouiller sa purée de rêves aux souvenirs. le goût en était relativement douteux, vous savez, un peu comme des huîtres au chocolat. 
Il passa ainsi douze jours à digérer un passé disparu et un futur impossible. et puis le treizième jour, il pris conscience qu'il existait maintenant, lui, Anselme Darbout, soixante-sept ans, veuf, retraité, et libre de son temps. Il se rendit compte qu'il réalisait son rêve de croisière, là, maintenant, que la mer était d'un bleu céruléen à ne pas en croire ses yeux, qu'une douce brise lui caressait le visage. Il leva ses yeux noyés d'émotion vers ce ciel pur qui s'offrait à lui.
Il sentit alors la Vie circuler en lui, et quand son regard revint au bateau, une voix le fit sursauter :
"Vous accepterez bien un café avec moi, aujourd'hui ?". Comment avait-il pu ne pas voir cet ange aux cheveux gris et à la robe beige qui lui souriait de la sorte ? Anselme sourit, et son coeur aussi.

lundi 16 mars 2020

C'est mardi, jour de marché

C'est mardi, jour de marché. Comme chaque semaine Sésame s'apprête à effectuer son petit tour matinal, dans le but de repérer et d'acquérir un repas de premier choix. Tous ses sens sont sollicités, il se faufile entre les badauds, capte des bribes de conversation qui ne le concernent pas plus qu'elles ne l'intéressent. Quelques enfants attirent son attention. Il y a quelque-chose de directement accessible chez eux, un rapport direct, sans faux-semblant, sans mépris ni paroles inutiles, un contact franc, comme il les aime. Un regard, les enfants lui sourient et tendent leur bras maladroit vers lui, jusqu'à ce que leur impitoyable geôlier les rappelle à l'ordre en leur intimant l'ordre de ne plus guère prêter attention à notre ami. Qu'ils sont pénibles, ceux-là, avec leur air de tout savoir et leur bêtise crasse à voir du danger où il n'y en a pas, et de fermer les yeux sur les horreurs malsaines qu'ingurgitent leurs rejetons et le défaut de réelle attention dont ils sont victimes. Bref chacun ses problèmes, et Sésame n'est pas du genre à s'attarder plus avant sur ceux des autres. 
Il observe les étals, flaire la bonne affaire, contourne, se détourne et contourne les étals bien achalandés malgré un hiver particulièrement rigoureux. Les légumes l'intéressent peu. Les poireaux généreux et les carottes colorées le laissent indifférents. Ainsi que les olives parfumées, encore qu'il ne rechigne pas à en goûter une de temps en temps, généreusement offerte par un aimable et généreux chaland. 
Les fromagers le retiennent quelque peu, et tentant de récupérer du fromage, il renonce devant l'obstacle d'une longue queue d'acheteurs fidèles. Tant pis, pas de fromage. Encore qu'il se souvienne bien du petit chèvre parfumé de la dernière fois. "Encore toi, dégage d'ici ! ", lui lance le vendeur peu amène. Cela ne perturbe aucunement notre promeneur, qui se dirige un peu plus loin, vers un volailler-charcutier à la vitrine généreuse. la cible de notre compagnon est donc trouvée. Il s'approche sereinement, se saisit d'un chapelet de chipolatas aux oignons qui fera son bonheur, et file à toute allure, zigzagant dans le marché pour se mettre à l'abri, laisant derrrière lui un charcutier écumant de colère qui hurle : "Sale bête, il m'a encore volé de la saucisse, tu vas voir, toi, si je t'attrape, c'est direct la fourrière ! ".

mercredi 8 mai 2019

Ô Temps ...


" Ô temps ! suspends ton vol", disait Lamartine
Ô Homme suspends ton temps
Et arrête-toi un moment,
Comtemple les instants simples et beaux,
ceux qui hors du temps te transportent
Un nuage à la forme mouvante traverse ton ciel,
Le temps d'une respiration, t'asseoir et sourire au soleil,
Ta tasse est chaude entre tes mains, et tu savoures l'odeur du café.
Ton enfant rit et toi tu le contemples
Ton ami vient et le monde se cache, timide face à votre partage.
Le temps ne suspend pas son vol, le temps se donne à toi, comme ça, sans contrepartie,
l'Etre s'émerveille sans le faire.
Homme, quand tu cesse de faire, tu es la Merveille.


mercredi 1 mai 2019

Mue-tation

Alors qu'Il dégustait une bonne tasse de Earl Grey infusé à la bonne température pendant un temps parfait de quatre minutes, Dieu observa sa créature. Diable, Se dit-il non sans humour, c'est qu'il grandit ce petit, il sera bientôt trop grand pour rentrer dans sa cabane d'enfant ! Il Se mit alors à lui construire une maison à sa taille, plus spacieuse, tout confort, jaccuzi et robot aspirateur inclus.
C'est alors qu'Il annonça à l'Homme : "Regarde, Je t'ai construit une nouvelle maison plus à ta taille, elle t'attend !". Mais l'Homme, sourd comme un pot, bête comme ses pieds, et totalement ignorant de son propre intérêt, fit comme d'habitude, et ne l'écouta pas.
Dieu en fut attristé, non pour lui, c'était Dieu, quand-même, mais pour son pauvre petit qui ne comprenait pas le bonheur qui l'attendait. Alors Il se mit à lui parler dans ses rêves. Mais ce bêta d'Homme n'écoutait pas ses rêves. Il lui envoya des propos par ses proches, la pharmacienne, le facteur, et même son chien, qui voulait toujours s'échapper de la cabane pour aller vers la maison. Mais point n'y faisait, il restait dans sa cabane.
Et ce qui devait arriver arriva. Cette cabane devint bien trop petite pour l'Homme. Cela commença par le lit. Le sommeil de notre ami se détériora progressivement, à se contorsionner la nuit durant pour trouver une position plus confortable dans une couche devenue trop étroite. "Quel malheur, quel malheur que ce lit qui ne va pas, si Dieu existait, Il ne permettrait pas qu'une telle chose se produise !". Mais Je n'y suis pour rien, tu grandis et tu ne vas pas vers ta nouvelle maison !"
Puis ce fut la taille des portes, l'Homme commença à se cogner régulièrement la tête à chaque changement de pièce. Quel malheur, quel malheur que ces chambranles , si Dieu existait, Il ne permettrait pas qu'une telle chose se produise !". Mais Je n'y suis pour rien, tu grandis et tu ne vas pas vers ta nouvelle maison !"
Puis ce fut dans la cuisine que la situation dégénéra, les casseroles et les assiettes devenues trop petites affamaient notre compagnon, sans qu'il comprît la cause de son mal-être physique. Quel malheur, quel malheur que cette santé,, j'ai dî commettre bien des fautes pour que Dieu me punisse de la sorte !". Mais tu n'y es pas du tout, tu grandis et tu ne vas pas vers ta nouvelle maison !".
C'est quand les murs l'enfermèrent comme un prisonnier, incapable qu'il était devenu de franchir la porte, qu'il perdit espoir : "Pourquoi me fais-Tu subir tout cela, qu'ai-je fait de mal pour que tu me punisses de la sorte, autant mourir !". Mais c'est toi qui ne comprends rien, je t'ai préparé une nouvelle maison, tu es devenu trop grand pour celle-là, Je prends soin de toi, ne le vois-donc tu pas ?"
Puis l'Homme, dans une souffrance et une incompréhension totale, se laissa engloutir dans la noirceur qui l'habitait. Puis un jour, il grandit tellement que son corps commença à effectuer une pression sur les murs, il crut, puis voulut mourir. Puis un jour, les murs cédèrent, et la cabane s'écroula. 
Enfin ses yeux s'ouvrirent sur la nouvelle maison, et dans son coeur, bien caché, Dieu sourit.

jeudi 27 décembre 2018

Gilets jaunes : la face cachée


On ne parle que de gilets jaunes, de désinformation, de manipulation. Qu'en est-il réelllement ? Nul ne le sait. Chacun voit le mouvement, ou plutôt l'immobilisation à l'aune de son propre vécu. D'aucuns voit une liberté individuelle qui se cherche (je suis de ceux-là), d'autres une injustice à rétablir de toute urgence, certains y voient une traîtrise de leurs dirigeants, d'autres encore une innacceptable violence.
Je crois que personne n'a tort, et que ces regards croisés nous montre une réalité plus profonde, dans la subtilité, qui s'exprime par les actions ou réactions visibles de tous.
Est-il vraiment possible d'accéder à ce qui fait de nous ce que nous sommes, ce que nous agissons, ce que nous pensons ? Cela se résumerait très simplement en le fait d'accéder à nos profondeurs inconscientes. En chacun d'entre nous réside une colère froide ou brûlante face à l'injustice, la violence, la privation de liberté, la trahison, et sommes toues, l'humiliation de la dignité individuelle.
Que le regard soit sociologique, politique, journalistique, nous arrivons tous à la perception de cette inéluctable limite de l'Etre qui ne tolère plus d'être bafoué.
Ici, toutes les exaspirations (mot de mon invention, merci de vos applaudissements) trouvent une direction commune.
Jusque ici, rien de bien nouveau. Se posent tout-de-même deux questions :
  • Comment en sommes-nous arrivés là, à accepter l'inacceptable. Et que l'on ne vienne pas me parler de la faute de tel ou tel politique, les politiques se sont contentés de s'engouffrer dans des béances prééxistantes d'acceptation. Qu'est-ce qui, à titre individuel, nous a fait glisser vers un système qui ne contente, au final, personne et pas même les plus nantis qui, dans leur terrreur de manquer, ne cesse d'accroître compulsivement un patrimoine qu'ils ne pourront jamais dépenser en une vie sans jamais, jamais trouver satisfaction.
  • Que mettre en place maintenant. Il est fort aisé de savoir ce que l'on ne veut plus, mais que voulons-nous vraiment ? Je vous défie, cher lecteur, de répondre par l'affirmative et non par la négation de ce que l'on ne veut plus. Le citoyen, lors de la Révolution (tour complet de la planète sur elle-même), a réussi l'exploit de créer un bain de sang pour reproduire le même système. Peut-être manquait-il, au fond de lui, la place pour autre chose qu'une peur de manquer (de nourriture, de sécurité, d'argent), et n'a donc pas pu créer un autre système basé sur une collaboration plus juste, où l'on croit en le partage, en soi, en l'autre.
Et maintenant, y a-t-il dans notre coeur la place pour autre chose que la peur que le voisin est plus que nous, que ses enfants ait plus dans son assiette que nous ? Y a-t-il la place pour avoir confiance ?

mercredi 26 décembre 2018

Quand on est seul



Phrases stupides :

  1. Mais tu as tout pour être heureux. Mais qu'est-ce qui vous a fait croire, d'une manière ou d'une autre, que ce que l'on possède capitalise du bonheur ? Mais si en possédant tu DOIS être heureux.
  2. Toi on sait que tu es forte, tu vas se relever : non mais vous rigolez ? Vous ne voyez donc pas que je suis à terre, que le coup m'a occis le coeur et que je me vide de mon sang ? Si je me relève, c'est parce que personne n'est là pour me relever.
  3. Toi tu n'es pas fait pour une vie tranquille. Ah mais détrompez-vous, je serais absolument heureux d'avoir une vie tranquille, mais je vis autre chose.
  4. Tu as de la chance, tu n'as pas à te taper une belle-mère pour Noël ! Oh oui, ma chance est une vraie chance, et vous savez quoi, je limite même mon risque d'accident cardio-vasculaire, avec mes réveillons à coup de jambon-coquillettes.
  5. Toi tu es libre, tu fais ce que tu veux. Absolument tout ce que je veux, à part évidemment partir en vacances, parce que seul, c'est pas très rigolo, faire des projets, construire une maison, fonder une famille, vivre des soirées romantiques, partager des moments de tendresse devant la télé (un chien, ça compte ou pas ?) être touché ou caressé (ah si, en payant pour un massage), cuisiner des poulets rôtis ; mais rendons justice : je peux utiliser toute la surface de mon lit.
  6. Tu es trop exigent, c'est pour ça que tu es seul : oh, mais vous avez raison, c'est pour ça ! Merci de cette précieuse information, désormais, je sortirai avec la première personne qui me regardera, et tant pis si je ne me sens pas bien avec cette personne, je ferai un effort.
  7. Prends sur toi ! Non, je ne vais pas m'amputer d'une partie de mes maigres réserves pour faire comme si tout allait bien !

Phrase qui font du bien :

  1. Oulah, tu as un gros chagrin, viens dans mes bras.
  2. Tu es seul pour Noël ? Viens donc avec nous, on a une place libre.
  3. Ca doit te peser le célibat. Ne t'inquiète donc pas, il y a quelqu'un pour toi en ce bas-monde, tu finiras bien par le rencontrer.
  4. Tu sais quoi, j'échangerais bien un petit bout de ta liberté contre un petit bout de vie familiale trépidante.
  5. Prends soin de toi, on n'a qu'une vie.

Phrase qui font rêver :

  1. Laisse-moi faire, je m'en occupe.
  2. Je suis avec toi, tu peux compter sur moi.
  3. Je suis heureux que tu sois là.


dimanche 12 août 2018

médisation

"Vous iiiiiinspireeeez, et vous soouuuufflez, c'est biennn".
La voix sirupeuse de la médito-thérapeute m'englue les oreilles d'une pseudo-douceur écoeurante. Qu'est-ce qui m'a pris de venir ?
Ca te fera du bien, qu'on m'a dit, tu repars mieux après, qu'on m'a dit. Tel le soldat romain d'Astérix, qui en pleine castagne celtique soupire un "Engagez-vous, qu'ils disaient, rengagez-ous, qu'ils diasient, vous verrez du pays", alors qu'il plane à quelques dizaines de pieds au-dessus de la forêt des Carnutes avant un inéluctable chute. Moi je ne plane pas du tout. M'étouffant à moitié avec un diaphragme bloqué depuis ma première communion ou ma dernière engueulade, j'essaie tant bien que mal de singer les non-mouvements méditatifs en position d'un lotus qui ressemble à une grenouille éméchée.
Vous savez à quoi ça me fait penser, ces méditations ? A Noël, à cette obligation de bonheur alors qu'on a tous envie de partager une carafe de cigüe. A ces réunions de famille recelant plus de pièges émotionnels qu'un champ de mines en Irak. Mais il faut être heureux, tralala.
Et qu'est-ce que ça peut m'agacer ces bruits de gongs tibétains, ces odeurs d'encens, on dirait les cloches et la cérémonie d'un enterrement. C'est nul.
Qu'est-ce que je fiche là ? A cette enterrement qui ressemble à celui de l'oncle Arthur. Personne ne parle, ça sent l'encens, et l'ambiance feutrée cache des monstres. J'aurais jamais dû venir, ces méditations, c'est pas pour moi. Tiens maintenant que j'y pense, il est mort à Noël, ce crétin, quel manque de savoir vivre !
"Vous iiiiiinspirez avec votre ventre, vous eeeexpirez avec votre ventre". Si j'osais, je m'enfuirais, elle et sa voix écoeurante sirupeuse, tiens, à la grenadine, comme celle qu'on m'a servie à l'enterrement. En me disant que j'étais grand maintenant, et que je n'avais pas à pleurer comme une fillette. Quand j'y pense, c'était vraiment dégueulasse, j'avait sept ans et je l'adorais, cet oncle.
Il me manque.
"Vous iiiiiinspirez avec vos pieds, vous eeeeexpirez avec vos pieds." Elle me fait marrer, j'y arrive pas, moi, à reeeespirer : j'ai des hoquets, je suffoque, et mon visage est inondé. C'est quoi encore ce délire.
"Vous vous allongez maintenant sur le dos, et prenez quelques minutes pour saaaavourer votre ressenti".
Ben voilà, beaucoup mieux sur le dos. Finalement c'est la position qui m'allait pas.
"Je vous remercie et vous dis à la semaine prochaine".

Ben ça, ça risque pas, parce que je prépare une recette de dinde farcie. J'ai envie de passer le plus beau Noël de ma vie !

samedi 11 août 2018

Pigeon vole

Moi, j'avais rien demandé.
Je vivais tranquillement dans ma médiocrité ambiante, en me disant que je rêverais d'avoir un chéri, du boulot, des colombes, ou une salle de cinéma privative, si possible avec visite des divers réalisateurs des diverses oeuvres de fiction qui alimentent ma matière grise et mes après-midis.
Ben au final, j'ai eu un pigeon.
"Zouzou est lààààà !" hurle la chair de ma chair Ma rejetonne d'adolescente se précipite tel une ado sur un pot de nutella vers son amie fraichement arrivée pour les vacances. Le fruit de mon sein et sa copine de toujours se transforment instantanément en pintades, pendant que je deviens ipso facto un légume, qui perçois déjà son avenir en tant que purée. Ca va être long, me dis-je en mon Fort-Boyard intérieur. Et ça ne rate pas, tel une rencontre soudaine entre du nitrate et de la glycérine, les deux volatiles explosent en un feu d'artifice d'échanges divers, de projets, de bruits inexistants jusqu'alors et de mouvements improbables.
N'écoutant que mon maternel courage, je file en douce sous un prétexte fallacieux et laisse se débrouiller ces deux joyeuses dans leur propre univers impitoyable créé par elles seules à leurs seules fins.
Une demi-heure plus tard, mon téléphone, sale traître, relaie un magma de propos filiaux dans lesquels je perçois le mot "pigeon blessé". En mère poule, je réagis : "T'as dit quoi ?"Je sens déjà se profiler la transformation de mon humble appartement en ferme pédagogique, "Bon, j'arrive". Je regagne ce qui fut autrefois mon logement et suis accueillie par des piaillements surexcités. L'oiseau, lui, est silencieux, prostré. Le pauvre enfant (à plumes) dort tant qu'il peut, pendant que les enfants à cheveux longs se lancent dans de la spéléoplacard pour désincarcérer la cage de feu notre cochon d'Inde. Elle sierra à merveille à notre protégé à l'aile déplumée.
Les heures et les jours passent en attendant la rémission de notre pigeonneau. Le vétérinaire nous a annoncé un pigeon immature, mais, maintenant que j'y pense, parlait-il de son développement physique ou de son incapacité à voler de ses propres ailes et de se trouver un appart' et un job ? Peu importe. Trois jours après son arrivée, Zouzou repart, après avoir conclu un pacte avec ma fille : il reviendrait donc à cette dernière de prendre soin de leur bébé. Ma digne héritière, le torse bombé et la responsabilisation plein pot, salue son départ.
Je passerai sur les divers "tu devrais lui donner plus/moins d'eau/de graines/de câlins/de friandises/d'attention". (Compose ta phrase toi-même Cher Volusien, c'est le moment créatif de la narration et le diy est très tendance). Après avoir embrassé mon tout petit poussin de quinze ans qui m'a confié la bestiole la larme à l'oeil, et que j'ai regagné mon canapé sous le regard de l'oiseau qui allait très certainement séjourner un paquet de semaines chez moi, je me suis demandé, une fraction de secondes, lequel de nous deux était le pigeon.

jeudi 1 septembre 2016

Peine de coeur

Elle était allongée là, serrée contre lui, et ne savait pas bien ce qu'elle ressentait.
Leur histoire s'était arrêtée sans qu'elle comprenne bien pourquoi, elle s'était faite une raison : "Il ne veut plus être avec moi, c'est ainsi." Des torrents de larmes avaient coulé de ses yeux pendant des semaines, et le vase de ses regrets semblait ne pas avoir de fond. Mais "c'était ainsi".
Comment se retrouvait-elle là, blottie contre son corps à la douceur envoûtante, à la puissance envoûtante, à l'odeur envoûtante ? Un enchaînement de désirs refoulés, d'actes manqués plutôt réussis et d'échanges de messages plus ou moins ambigus les avaient rapprochés.
Blottie contre son amour, elle avait envie de pleurer, de lui demander "Que veux-tu vraiment, que ressens-tu, que suis-je pour toi ?" Elle voulait hurler aussi, lui crier combien elle avait eu mal, à quel point sa décision avait déchiré tout son être. Mais la prudence lui recommandait de garder le silence. Il y avait une chose bien pire pour elle que cette cruelle incertitude, cette relation mal définie, c'était de dévoiler cet attachement si profond.
Il ne veut plus de moi dans sa vie, c'est ainsi. Et contre lui, ses larmes salées retournaient dans l'océan de son intériorité. Elle sourit, partit d'un ton léger sur une conversation anodine, tentant sans grand effet de gommer de sa conscience une gorge dont l'étranglement s'amplifiait de minute en minute. Son corps hurlait de laisser sortir un tel vacarme silencieux, mais la peur de voir s'envoler cet oiseau farouche qu'était cet intant de tendresse baillonnait ce besoin. Elle avait tellement besoin de ce qu'il lui offrait en ce moment. Elle vendait son âme au diable pour un peu d'Amour, de tendresse et de partage. Et son ange lui murmurait "Est-ce vraiment cela que tu appelles le partage ?". Et son démon lui répondait " Tu ne mérites pas plus".
Elle était aux aguets, comme seule une femme amoureuse peut l'être, de la moindre intonation, du moindre mot qui pouvait donner une indication sur ce qu'il ressentait. Lui demander était inenvisageable, elle n'était pas assez forte pour affronter un propos direct sur la question. Mais elle savait aussi que cette enquête était brouillée par le filtre de ses peurs, de ses désirs.
Elle avait mal à en crever.
Il partit.
Ses larmes coulèrent.
Elle ne savait pas qu'elle l'aimait encore autant.
Et son ange murmura : "Ne le revois plus, il ne veut plus de toi, c'est ainsi."
Et son démon ne dit rien, il savait déjà qu'elle cèderait encore.

Faire son deuil

Il est des moments cruels dans la vie, indispensables et douloureux. Il s'agit de faire de deuil.
D'un proche décédé, d'une amitié qui se termine, d'une histoire d'amour qui tourne court. Certains ont cette chance de pouvoir tourner la tête dans une autre direction en un instant. D'autres ont le coeur accroché solidement à ce qui s'en va, et la déchirure provoquée par cette séparation est telle qu'ils ont du mal à couper rapidement ce lien qui leur était si précieux.

Les premiers ont pour les aider la colère, le rejet, bref : la haine. Ils se mettent à détester ce qu'ils doivent laisser partir. Efficace, je dirais même radical. Ou du moins ç'en a l'apparence. Comment réagissent-ils par la suite ? Est-ce qu'ils gardent leur colère toute la vie ? Que ressentent-ils quand elle disparaît ? Un grand vide, certainement, et probablement du désespoir. Avec le temps j'ai appris que la colère tenait chaud telle une couverture en laine dans une après-midi de novembre, elle nous occupe, nous remplit. Elle est bien préférable à ce grand trou froid que nous donne la tristesse. C'est du moins ce que l'on aime à penser. Mais est-ce que par hasard elle ne nous garderait pas au chaud en automne, sans jamais connaître l'hiver, certes, mais en renonçant au printemps de l'âme ? Je ne le sais, n'étant de ce tempérament.


Les seconds préfèrent l'anesthésie : Ils affirment (très) haut et (très) fort que tout va bien, que c'était la meilleure chose qui pouvait arriver, la personne décédée ne souffre plus, cette amie ne nous convenait plus, et l'histoire d'amour n'avait plus d'avenir. La raison vient donc étouffer le chagrin, et l'enfouir au plus profond du corps, là où personne n'ira le chercher. C'est l'été, et l'on décide que le printemps arrive en suivant. Mais l'anesthésie disparaît toujours au bout d'un moment, et le coeur pousse vers le ventre, puis la gorge des sanglots trop longtemps retenus. Le coeur s'ouvre en deux et laisse se déverser le sang glacé qu'il contenait. Et l'on se dit : J'ai fait mon deuil, cette fois c'est bon, je peux repartir sur une autre base. Et puis quelques temps plus tard le coeur s'ouvre à nouveau pour laisser s'échapper la fontaine de sanglots, et encore, et encore. Quand tarira-t-elle, nul ne le sait. Et puis un jour on accepte que finalement on n'est pas si fort que ça, un deuil ne se décide pas, il se vit.

Et quand le coeur s'est suffisamment ouvert pour laisser s'échapper jusqu'à la dernière goutte de chagrin, la profondeur de son espace peut contenir le monde entier.